De mon temps de Alain Bosquet

vcazd00z-copie-1

On disait de mon temps qu’il faut être la rose

pour combattre le temps.
On disait de mon temps que le plus important, c’était la rose.

On disait de mon temps qu’il faut être une chose

pour vivre plus longtemps.
On disait de mon temps que l’homme, cet étang, se décompose.

On disait de mon temps qu’il vaut mieux être chaise

ou marteau sous le lit.
On disait de mon temps que vivre nous salit, grave malaise !

On disait de mon temps qu’il faut être sceptique

au moindre carrefour.
On disait de mon temps qu’on renforce l’amour par des musiques.

On disait de mon temps qu’il faut avoir des pierres

à la place du cœur.
On disait de mon temps que si l’âme se meurt, elle en est fière.

On disait de mon temps : «
Ne donnez pas d’espace

à votre vérité. »
On disait de mon temps : «
L’hiver vient en été, oiseau rapace. »

On disait de mon temps : «
Tout est perdu d’avance

à cause des complots. »
On disait de mon temps que les bourgeons sont clos pour leur défense.

On disait de mon temps : «
De tous les temps le pire

viendra l’après-midi. »
On disait de mon temps qu’il faut être maudit, hommes de cire !

On disait de mon temps que l’azur était louche

comme un mur en carton.
On disait de mon temps, mais que ne disait-on, bave à la bouche !

Enfants, je vous l’avoue, mon temps était futile,

et je vais au tombeau.

Enfants, je vous l’avoue, mon temps n’était pas beau.
Prenez mes îles,

prenez mes vers, prenez mes mots — rien ne

[m’accable ! — et faites-en un temps meilleur, je ne sais pas comment.
Il suffit d’une fleur et d’une fable.

Prenez mes cris, prenez mes pleurs, prenez mes hontes

et faites-en un temps d’amour, je ne sais pas pourquoi : tout miracle raconte qu’il est trop court !

Alain Bosquet

 

 

Publicités

6 réflexions sur “De mon temps de Alain Bosquet

  1. Et bien, quel pessimisme ce poète! La vie est si merveilleuse, certes elle est parfois pleine de déconvenue, de doutes et de regrets, mais demain est un autre jour toujours palpitant et excitant. Il faut profiter d’être en vie, mourir ne doit pas être très passionnant. Quoi que;.. on ne sait jamais ! Je ne sais pas à qui l’auteur adresse ce poème, mais si c’est à la jeunesse, il est assez plombant, non ?

    J'aime

  2. Je dois avouer que voilà trois fois et plus peut-être que je relis ce poème…
    Finalement j’y vois un espoir pour un futur meilleur…
    Mais je viendrai le relire, parce que je ne suis pas très sûre d’avoir compris!
    Merci Claude!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s