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Trois feuilles mortes de Raymond Richard

Trois feuilles mortes

Ce matin devant ma porte,
J’ai trouvé trois feuilles mortes.

La première aux tons de sang
M’a dit bonjour en passant
Puis au vent s’en est allée.

La seconde dans l’allée,
Au creux d’une flaque d’eau
A sombré comme un bateau.

J’ai conservé dans ma chambre
La troisième couleur d’ambre.

Quand l’hiver sera venu,
Quand les arbres seront nus,
Cette feuille desséchée,
Contre le mur accrochée
Me parlera des beaux jours
Dont j’attends le gai retour.

Raymond Richard  (« À petits pas » – Editions du Cep Beaujolais)

Enseignant. – Poète, romancier et auteur dramatique, décédé en 1970. – Auteur de saynètes et chansons pour enfants. – Fondateur des éditions du Cep beaujolais et de la revue « Les loisirs de l’enfant »

 

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Fantaisie de Gérard de Nerval

Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… et dont je me souviens !

Gérard de Nerval  (1808 – 1855 )

 

L’automne de Lucie Delarue-Mardrus

L’automne

On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C’est une branche, tout à coup,
Qui s’effeuille dans votre cou.

C’est un petit arbre tout rouge,
Un, d’une autre couleur encor,
Et puis, partout, ces feuilles d’or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

Lucie DELARUE-MARDRUS (1874-1945)

Lucie Delarue- Mardrus, née à Honfleur le 3 novembre 1874 et morte le 26 avril 1945 à Château-Gontier, poétesse, romancière, sculptrice et dessinatrice, journaliste et historienne française.

Dernière fable de Didier Venturini

Une dernière fable

De Venise
Rêves de sable
Qui s’enlisent

Cité mystère
Palais des doges
Les sanctuaires
La grande loge

Les amulettes
Les talismans
Les cours secrètes
Leur goût d’orient

Éclats de lune
Sur les canaux
Que disent les runes
Baron Corvo

Pont des merveilles
Pour une émeraude
Que les lions veillent
Dans la nuit chaude

La clavicule
De Salomon
Lire les formules
Les allusions

Rencontres nocturnes
Une poétesse
Parmi les brumes
Beaucoup d’ivresse

La rue de l’amour
Des amis
Plus loin toujours
D’autres pays

Didier Venturini, 2009

Comme un poème de Boris Sentenac

Comme un poème 

 

Le soleil n’est jamais rouge :

L’heure l’exprime

Comme un poème

Exprime le monde.

Tes yeux ne voient rien,

Ta pensée le sait

Comme un poème

Sait ton monde.

Ton regard saisit l’opulence :

Le reflet de l’instant

Comme un poème

Saisit qui tu es.

Boris Sentenac

 

 

Grandir ensemble de Jean-François Malarmé

J’aime beaucoup rêver tout seul

Que je dévore un gros crumble.

Mais j’aime aussi quand on est deux

A regarder le ciel tout bleu.

On a moins peur quand on est trois

Si on se perd au fond des bois.

C’est vraiment bien quand on est quatre

A rigoler comme au théâtre.

Comme les parents, on parle à cinq

Autour d’une table et puis on trinque.

On court beaucoup quand on est six

A faire pin pon comme la police.

Les jours de pluie quand on est sept

On aime recevoir une belle cassette.

On se régale quand on est huit

D’un hamburger et de pommes frites.

On se promène quand on est neuf

Pour bien montrer nos habits neufs…

Je compte mes doigts et ça fait dix

Je sens mes gants qui rapetissent !

Jean-François MALARME

Lily bellule s’envole de Jacques Viallebesset

Dans Lyon aujourd’hui
S’envole une libellule
Qui entonne
Le plain-chant
En même temps
Qu’elle dit à tous
Le grand élan du printemps
Les bouquets d’oiseaux
Dans les ramures des mains
S’offrent à tous les passants
Le frou-frou des paupières
S’épanouit en pétales de lilas
Les bourgeons du sourire
Étincellent d’une nouvelle sève
Éclatant en étamines pulpeuses
De soleil

Dans Lyon aujourd’hui
S’envole une tourterelle
Dans le ciel troué de mes yeux
J’entends battre au nid de mes mains
La pulsation légère de son sang
Qu’elle offre à tous
Promesse d’un possible bonheur
Universel tandis que s’écroulent
Les murs de vos cœurs
Amour plus grand que notre amour
Dont vous recueillez
Les escarbilles de beauté
Lyon aujourd’hui
Est un éternel jardin
Où se rouler dans l’herbe
Verte fraîche et tendre.
Humaine, rien qu’humaine
La belle aventure
Nous réunit dans le feuillage
Des murmures partagés.

 

Jacques Viallebesset, 14l’écorce des cœurs,