Nous dormirons ensemble de Louis Aragon

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble

C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Louis Aragon 

 

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Un matin que j’allais, attendant le poème de Margot Roisin

Un matin que j’allais, attendant le poème,

Cueillir le chant des pins sagement immobiles

Je surpris l’oiseau-nuit secouer ses ailes

Comme au réveil un tremblement de paupières.

*

Gorgé de rêves, l’essentiel distillé en rosée,

Il serait bientôt l’heure pour son œil grand ouvert

De se fermer dans la transparence du jour.

Pourtant malicieux, il partit en laissant

*

Orphelins, flottants, quelques duvets

Abandonnés au monde dans un départ

Faussement précipité, déjà sur les jeunes joues

Les fantômes d’étoiles atterrissaient

*

Pour mourir aussitôt, telles des larmes

Qui ne seraient délivrées qu’une fois

Tombées au sol.

*

Ainsi l’aube semait ses graines de mystère

Pour qui voudrait les laisser danser au plus secret de la chair.

*

La neige était

Ce que les mots sont au poète :

Petits navires qui, à chaque impulsion du monde,

Tentent de lui répondre par ce qu’ils en ont éprouvé.

Margot Roisin

Je vous invite à lire d’autres poèmes sur  Vers Antares

 

Janvier de François Coppée

Songes-tu parfois, bien-aimée,
Assise près du foyer clair,
Lorsque sous la porte fermée
Gémit la bise de l’hiver,

Qu’après cette automne clémente,
Les oiseaux, cher peuple étourdi,
Trop tard, par un jour de tourmente,
Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,
Sont lasses d’avoir voyagé ;
Que sur le long chemin à suivre
Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,
Ils sont là, transis et sans voix,
Eux dont la chanson triomphale
Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu’il en meure
De ces émigrés grelottants !
Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m’aimes,
Des oiseaux du prochain Avril ;
Mais ce ne seront plus les mêmes,
Et ton amour attendra-t-il ?

François Coppée– les mois.

 

Au Nouvel An de Ana Girardot-Simon

Bonjour Monsieur le Nouvel An !
Vous êtes ici le bienvenu.
Mais ne soyez pas trop méchant
Pour qui vous a si bien reçu.
L’autre s’en va, la place est prête.
Venez bien vite, on vous attend.
C’est aujourd’hui votre fête,
Bonjour Monsieur le Nouvel an !

Ana Girardot-Simon

 

Douce nuit de Tino Rossi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douce nuit, blanche nuit,
C’est Noël aujourd’hui
Et pendant que tes clochers joyeux
Carillonnent à la voûte des cieux,
Sous le toit des chaumières
On a le cœur bien heureux.

C’est si joli un sapin vert
Qui sourit les bras couverts
De lumières et de cheveux d’argent,
Près du feu qui s’éteint doucement,
Il apporta tant de joies, Lui,
Le soir où il descendit.

Douce nuit, blanche nuit,
C’est Noël aujourd’hui,
Lui, dans le froid et le vent,
Attendu depuis la nuit des temps,
Pour nous donner en rêve
Un peu de son paradis.
À Noël.

Tino Rossi

 

 JOYEUX NOEL

 

 

 

 

 

Chant de Noël de Marie Noël

Noël ! Noël !
Des clochetons !
Noël ! Noël !
Tous les bourdons
Sautent en chœur jusqu’à la lune,
Noël ! Noël !
Il neige doux,
Noël ! Noël !
Des anges flous,
Emmitouflés, dans la nuit brune,
Sonne, sonnez, sonne, allez donc,
Mes belles cloches, dig, ding, dong !

Dos contrefait,
En capeluche
De blanc duvet,
Chante la bûche…
Les flammes font la ronde autour,
En manteaux vifs
Et décoiffées…
Sus aux hâtifs
Châteaux des fées !

Châteaux des fées !
Le nain rouge grimpe à la tour
Pour délivrer sa dame rose.
Hui !… Frou !… tout se métamorphose.

Noël ! venez,
La table fume.
Ca, joyeux nez,
Renifle, hume !
C’est la fête au fond des escargots
Et dans le jus
Sacré de l’oie…
Vive Jésus !
Et vive joie,
Vous, ô recluses des fagots,
Bouteilles, vieilles mal peignées
En robe de fils d’araignées !

Sans but ni choix,
Ris et paroles,
Tous à la fois
En suites folles
Font des zigzags de papillons.

Noël ! Noël !
Le coeur nous saute,
Noël ! Noël !
Dans la nuit haute,
Jusqu’au battant des carillons…
L’esprit des belles maisonnées
Rit au faîte des cheminées.

La mère rit,
Le père joue,
Le tout petit
Court, se secoue.
Mais notre beau soldat s’assoit
Tout rouge et bleu
Près de grand’mère ;
Le Roi du feu

Les considère
Et s’esclaffe de ce qu’il voit.
Mais il cherche… « Où me l’a-t-on mise ?… »
Aves son promis la promise.

Heu ! crois-je pas
Qu’en l’ombre on cause ?
Que dit-on bas ?
Vers ou bien prose
D’un cantique du temps passé ?
L’air est joyeux,
Les mots sont tendres,
Plus neufs, plus vieux
Que flamme et cendres…
Bûche, menons aux fiancés,
Braises, petites voix bénies,
Le choeur léger des bons génies…

Des clochetons !
Noël ! Noël !
Tous les bourdons

Sautent en choeur jusqu’à la lune,
Noël ! Noël !
Il neige doux,
Noël ! Noël !
Des anges flous,
Emmitouflés, dans la nuit brune,
Sonne, sonnez, sonne, allez donc,
Mes belles cloches, dig, ding, dong !

Hui !… Les maisons
S’ouvrent ensemble.
Sur les tisons,
Un follet tremble
Et meurt après un petit bond.
Chacun vous prend
Sa pélerine.
Les mères-grand
En capeline
Tournent la clef et puis s’en vont.
Le long des seuils muets et ternes,

Il trotte menu des lanternes.

Noël ! Soudain luit un cortège
Vers le lointain
Château de neige
Aux tours sonnantes de cristal
Qui dans la nuit
Vibre et flamboie.
Déjà bruit
De vaste joie
La porte du palais natal
Où le roi dort… « Dodo la Rose. »
Avec une si douce pose.

Là cent beaux airs
Pleins de louanges
Coulent tout clairs
Du sein des anges ;
Trompes d’argent, violes d’or
Chantent d’amour
Dans la nuit noire,

Chantent autour
Du fils de gloire,
Jésus notre Sire qui dort ;
Cent lustres, là, que l’encens voile,
Bercent leurs corbeilles d’étoiles.

Eblouissant,
Le choeur des cierges
Monte et descend,
Telles des vierges,
Les degrés du trône… Noël !
Noël ! Joyeux
Dans la lumière
Le peuple aux cieux
Suit sa prière
Et rit à son Emmanuel.
Les prêtres dorés, à voix basse,
Haut les mains, appellent sa grâce.

Simples de coeur
Qui, l’ange en tête,
De l’âtre au choeur
Menez la fête,
Bénis de Dieu qui l’avez vu.
Bel et mignon
Petit qu’on choie, Quel compagnon !
De quelle joie ! –
Priez pour le coeur dépourvu
Qui dans la nuit émerveillée

Poursuit son amère veillée.

Marie Noël –

Je vous invite à découvrir cette poète  sur le blog d’une flâneuse bretonne, ici 

L’image vient du site Pixabay. 

Pixabay est un site d’images gratuites.

Speak white de Michèle Lalonde

Speak white
il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble
dans les sonnets de Shakespeare

nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue
parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
speak white
et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan

speak white
parlez de choses et d’autres
parlez-nous de la Grande Charte
ou du monument à Lincoln
du charme gris de la Tamise
De l’eau rose de la Potomac
parlez-nous de vos traditions
nous sommes un peuple peu brillant
mais fort capable d’apprécier
toute l’importance des crumpets
ou du Boston Tea Party
mais quand vous really speak white

quand vous get down to brass tacks

pour parler du gracious living
et parler du standard de vie
et de la Grande Société
un peu plus fort alors speak white
haussez vos voix de contremaîtres
nous sommes un peu durs d’oreille
nous vivons trop près des machines
et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils

speak white and loud
qu’on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l’heure de la mort à l’ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar

speak white
tell us that God is a great big shot
and that we’re paid to trust him
speak white
parlez-nous production profits et pourcentages
speak white
c’est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d’âme
mais pour se vendre

ah! speak white
big deal
mais pour vous dire
l’éternité d’un jour de grève
pour raconter
l’histoire de peuple-concierge
mais pour rentrer chez-nous le soir
à l’heure où le soleil s’en vient crever au dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l’est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d’huile

speak white
soyez à l’aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d’avoir le monopole
de la correction de langage

dans la langue douce de Shakespeare
avec l’accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Vietnam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l’ordre parlez répression
speak white
c’est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques

speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock

speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendez vous répondre
we’re doing all right
we’re doing fine
We are not alone

nous savons
que nous ne sommes pas seuls.

Speak white (en français : « Parlez blanc ») est une injure proférée aux Canadiens français par les Canadiens anglais lorsqu’ils parlaient français en public. Cette expression péjorative est rarement utilisée de nos jours. L’invective a également inspiré un poème écrit par Michèle Lalonde en 1968 et un film réalisé par Pierre Falardeau et Julien Poulin en 1980. (source Wikipédia )