La Beauté de Charles Baudelaire

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)

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La grand-mère de Sophie d’Arbouville

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d’amour :
Trop vite, hélas ! un ciel d’orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

En vous voyant, je me rappelle
Et mes plaisirs et mes succès ;
Comme vous, j’étais jeune et belle,
Et, comme vous, je le savais.
Soudain ma blonde chevelure
Me montra quelques cheveux blancs…
J’ai vu, comme dans la nature,
L’hiver succéder au printemps.

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d’amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d’orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

Naïve et sans expérience,
D’amour je crus les doux serments,
Et j’aimais avec confiance…
On croit au bonheur à quinze ans !
Une fleur, par Julien cueillie,
Était le gage de sa foi ;
Mais, avant qu’elle fût flétrie,
L’ingrat ne pensait plus à moi !

Dansez, fillettes du Village,
Chantez vos doux refrains d’amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d’orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

Pour moi, n’arrêtez pas la danse ;
Le ciel est pur, je suis au port,
Aux bruyants plaisirs de l’enfance
La grand-mère sourit encor.
Que cette larme que j’efface
N’attriste pas vos jeunes cœurs :
Le soleil brille sur la glace,
L’hiver conserve quelques fleurs.

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d’amour,
Et, sous un ciel exempt d’orage,
Embellissez mon dernier jour !

En quelques mots, elle est de Huguette Bertrand

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Dehors comme dedans

la lumière est partout

dans nos crevasses elle s’insinue

et rayonne dans l’ombre des tourments

et les broussailles du quotidien

elle est poésie dans les plaines

comme sur les balcons

agit dans la mémoire de l’essentiel

elle s’écrit

elle se dit

elle se chante

sur tous les tons

dans le maintenant

et le toujours jamais

sous nos pas désordonnés

Inutile de la chercher

elle est là dehors

et au-dedans

elle est

(2018)

Un beau matin de Jacques Prévert

Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’ était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’Il était seul
Mais qu’Il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant lui.

Jacques Prévert

Beau soir d’hiver de Jules Breton

fb65ff22Peinture de Serge Hananin

 

La neige – le pays en est tout recouvert –
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l’horizon désert,
Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,
Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

A l’Occident s’endort le radieux soleil,
Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille à son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.

Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.
L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.

Jules Breton

Les oiseaux de l’hiver de Micheline Dupré

Mais d’où viennent ces oiseaux
Que j’entends chanter l’hiver?
Où se cachent leurs fuseaux
De plume sur fil de chair?

Il neigeait encor hier
Sur l’arbre et le caniveau,
Et les miettes du pain clair,
Pour des petits yeux d’oiseaux,
Se perdaient dans la lumière,
Des flocons à mes carreaux.

Ô mes oiseaux de l’hiver,
Par le froid levés si tôt,
Ô mes oiseaux sans manière,
Faits pour chanter comme l’eau

Des qu’elle a roulé rivière.

Que penser de nos misères,
Tristes colliers de grelots,
Quand on secoue leur poussière,
Au milieu des trilles fiers,
D’un bonheur clamé si haut.

Micheline Dupray.

Le Noël de sapin de Corinne Albaut

Le Noël de sapin
Un sapin réfléchissait :
J’ai perdu la neige, c’est vrai
Les nuages et le vent frais
Et les oiseaux qui chantaient,
En échange, on m’a offert
De fragiles boules en verre,
Des bougies et des lumières
Et des guirlandes légères.
Les enfants en pyjama
Chantent et dansent
Autour de moi,
C’est un beau destin
Pour un sapin !
Corinne Albaut
Mon sapin attend  le Père Noël
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JOYEUX NOËL