Le Lundi, c’est poésie ! Le Passé de Louise Glück

Petite lumière dans le ciel
soudainement entre
deux branches de pin, leurs fines aiguilles

maintenant gravée sur la surface rayonnante
et au-dessus de
ce ciel haut et duveteux —

Sentez l’air. C’est l’odeur du pin blanc,
plus intense lorsque le vent souffle à travers lui
et le son qu’il produit est tout aussi étrange,
comme le bruit du vent dans un film

Des ombres en mouvement. Les cordes
qui font le bruit qu’elles font. Ce que vous entendez maintenant
sera le son du rossignol, Chordata,
l’oiseau mâle qui fait la cour à la femelle —

Les cordes se déplacent. Le hamac
se balance dans le vent, attaché
fermement entre deux pins.

Sentez l’air. C’est l’odeur du pin blanc.

C’est la voix de ma mère que vous entendez
ou est-ce seulement le son que font les arbres
lorsque l’air passe à travers eux

car quel son ferait-il,
ne passant à travers rien ?

Louise Glück

traduit par Romain Benini.

Les œuvres de Louise Glück : « Ses œuvres se caractérisent par un souci de clarté. L’enfance et la vie de famille, la relation étroite avec les parents et les frères et sœurs, est une thématique qui est restée centrale chez elle. »

Le Lundi, c’est poésie : Étoiles filantes de François Coppée

Dans les nuits d’automne, errant par la ville,

Je regarde au ciel avec mon désir,

Car si, dans le temps qu’une étoile file,

On forme un souhait, il doit s’accomplir

.Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes

Quand un astre tombe, alors, plein d’émoi,

Je fais de grands vœux afin que tu m’aimes

Et qu’en ton exil tu penses à moi.

A cette chimère, hélas ! je veux croire,

N’ayant que cela pour me consoler.

Mais voici l’hiver, la nuit devient noire,

Et je ne vois plus d’étoiles filer.

François COPPÉE (1842-1908)

Le Lundi, c’est poésie : En automne de François Coppée

En automne

Quand de la divine enfant de Norvège,
Tout tremblant d’amour, j’osai m’approcher,
Il tombait alors des flocons de neige.


Comme un martinet revole au clocher,
Quand je la revis, plein d’ardeurs plus fortes,
Il tombait alors des fleurs de pêcher.


Ah! Je te maudis, exil qui l’emportes
Et me veux du cœur l’espoir arracher!
Il ne tombe plus que des feuilles mortes.


François Coppée, L’Exilée (1877

Le Lundi, c’est poésie !

Marine

L’Océan sonore
Palpite sous l’œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,

Et que chaque lame
En bonds convulsifs,
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,

Rugit le tonnerre
Formidablement.

Paul Verlaine

Aragon en musique !

Louis Aragon : Poète français né le 3 octobre 1897 à Neuilly-sur-Seine et mort le 24 décembre 1982 à Paris. « Fils illégitime d’une liaison entre Marguerite Toucas et Louis Andrieux, un homme politique relativement célèbre, toute son enfance se trouve marquée par le mensonge et la dissimulation. Pour sauver les apparences, sa mère se fait en effet passer pour sa sœur et sa grand-mère, pour sa mère adoptive, tandis que ses tantes deviennent ses sœurs et que son père devient un vague parrain, qui ne lui apprendra la vérité de sa naissance qu’avant son départ pour le front. Enfant précoce, il compose dès l’âge de six ans, dans l’atmosphère confinée d’une pension de famille où apparaissent de belles étrangères, de petits romans inspirés de Zola qu’il dicte à ses «sœurs» et dont il a publié plus tard l’un des volumes.

Après une brillante scolarité (il maîtrise en sixième le programme littéraire du baccalauréat) pendant laquelle il dévore tous les livres qu’il trouve, à commencer par Dickens (écrivain anglais), Tolstoï et Gorki (écrivains russes), il assiste à l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Il échappe, de 1914 à 1916, à plusieurs vagues de départ pour le front et commence des études de médecine en 1915 tout en fréquentant assidûment la librairie d’Adrienne Monnier, grâce à laquelle il découvre Lautréamont, Apollinaire, Mallarmé, Rimbaud … Cela ne l’empêche pas de lire Barbusse, dont Le Feu (1916) fait sur lui une très forte impression.

Il est incorporé en 1917 et part pour le front où il rencontrera par hasard André Breton. Trois fois enseveli sous les bombes, Aragon survit cependant au conflit et se consacre avec une énergie décuplée à l’écriture, sous toutes ses formes : poétique avec Feu de Joie (1920), romanesque avec Anicet ou le Panorama, roman (1921). Il participe également à la création d’un mouvement artistique d’avant-garde (qu’on appellera le Dadaïsme) puis, à partir de 1924, à la naissance du Surréalisme qu’il sera le premier à théoriser avec Une vague de rêve (1924). Dès lors, sa dimension d’écrivain et de poète ne va cesser de s’accroître, notamment avec Le Paysan de Paris (1926), qui est un des sommets de la prose surréaliste de l’époque. Inscrit au Parti Communiste dès 1927, comme beaucoup de surréalistes (Breton, Eluard), Aragon se sépare peu à peu de ses amis qui refusent de se soumettre à la volonté d’un quelconque groupe et s’engage corps et âme dans la lutte politique.

Louis Aragon : Elsa et le journalisme

Il rencontre en 1928 un jeune écrivain russe, Elsa Triolet, dont il ne se séparera plus. Il devient simple journaliste à L’Humanité et entame une nouvelle carrière de romancier avec Les Cloches de Bâle (1934) qui raconte l’évolution de plusieurs personnages bourgeois (et notamment des femmes) vers le communisme. Sur le modèle de Balzac et de Zola, Aragon entame alors un grand cycle romanesque qu’il appelle Le Monde réel avec Les Beaux Quartiers (1936), Les Voyageurs de l’Impériale (1939, récemment adapté pour le cinéma), Aurélien (1944), et enfin Les Communistes (1949-1951) qu’il réécrira entièrement en 1966-67. Mais la « drôle de guerre » et surtout la défaite de juin 40, feront réapparaître une autre facette de l’écrivain, celle du poète, dont la production, à partir de Crève-cœur (1939) marquera toute la période de la Résistance française avec, notamment, Les Yeux d’Elsa (1942), Brocéliande (1942), Le Musée Grévin (1943) et La Diane Française (1944). Après la Libération, Aragon, célébré et puissant, poursuit son engagement politique et soutient sans ambiguïté et sans doute en connaissance de cause les dérives staliniennes du communisme. Après la mort de Staline (1953) et le rapport Krouchtchev (1956), qui dénonce les atrocités commises sous le régime précédent, Aragon traverse une véritable crise qui le mènera au bord du suicide et dont il ne sort qu’en se livrant entièrement à la direction d’un grand hebdomadaire littéraire, Les Lettres françaises. Deux grandes œuvres naîtront cependant de cette crise : Le roman inachevé (1956), autobiographie poétique immédiatement saluée comme un chef-d’œuvre par toute la critique et La Semaine Sainte (1958), gigantesque reconstitution mi-historique mi-romanesque d’un des derniers épisodes de la carrière napoléonienne.

Louis Aragon : La fin

À partir de ce double succès, la production poétique et romanesque d’Aragon ne va cesser de s’amplifier, en marge des modes du Nouveau Roman : avec Les poètes (1960), Le Fou d’Elsa (1963), La Mise à mort (1965), Blanche ou l’oubli (1967), Les Communistes (seconde version), Henri Matisse (1970), prodigieux roman où écriture et peinture se croisent et se rejoignent, et enfin Théâtre / roman (1971). Après la mort d’Elsa Triolet (1970), il poursuit comme il le peut ses activités politiques auprès de l’union de la gauche (il sera décoré par F. Mitterrand) et survit en changeant radicalement de style de vie et en affichant dans les médias ses relations homosexuelles, notamment avec Jean Ristat, lui-même écrivain et poète qui lui fermera les yeux le 24 décembre 1982. Sa mort sera suivie d’un concert étonnant de louanges et de cris de haine qui ne s’est guère estompé depuis. »

Source : Louis Aragon

Comme on voit sur la branche de Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard, né en septembre 1524 et mort en décembre 1585, est l’un des poètes français les plus importants du XVI ème siècle. Il fondera dès 1549 avec ses amis Baïf et Du Bellay : la Pléiade (ou Brigade, comme elle s’appelait à ses débuts) … « Prince des poètes et poète des princes », cet épicurien est l’auteur d’une œuvre vaste qui, en plus de trente ans, a touché aussi bien la poésie engagée et officielle dans le contexte des guerres de religions avec les Hymnes et les Discours (1555-1564), que l’épopée avec La Franciade (1572) ou encore la poésie lyrique et d’Amour avec les recueils Les Odes (1550-1552) et Les Amours de Cassandre (1552). Imitant à ses débuts les auteurs antiques, Ronsard emploie d’abord les formes de l’ode et de l’hymne, pour finir par utiliser de plus en plus le sonnet en employant le décasyllabe comme le mètre « moderne » de l’alexandrin … Ses dernières années furent marquées par la perte de nombre de ses amis et son état de santé s’aggrava. Malgré la maladie, ses créations littéraires restèrent toujours d’aussi bonne qualité et quelques-uns de ses derniers écrits sont parmi les meilleurs.

A l’intérieur de mon jardin de Chloé Douglas

Parmi le vert
et la floraison
de toutes les plantes les plus belles
je flâne.
Je délibère ici
Je rêve par là.
L’heure s’arrête
ou plutôt s’étend pleinement,
se déplier et s’amplifier.

Ces tournoiements et ondulations soudaines
de brises d’été,
envoient tous les parfums
dans l’air chaud.
Contempler une feuille
ou le motif sur le mur
créés par des branches les plus près.

Ces têtes-là de fleurs dansantes
exposent délicatement
toute leur gloire.

Quelle simplicité à se perdre.
Et quelle aisance à respirer
doucement.
Et quelle aisance
à avoir des pensées profondes.

Chloe Douglas, 1995

Chloe Douglas est née en 1960 à Londres, où elle passe ses premières années d’enfance. A treize ans elle part pour la France, dans les Cévennes, avec ses parents, Akhmatova et Coco Samuels, et leur troupe de théâtre, le Roy Hart Theatre. Elle y passe toute son adolescence. Durant cette période germe sa passion pour l’écriture et le chant. Avec ses copains, au bord du Gardon, l’heure s’arrête. Hypnotisée par l’eau turquoise et fascinée par les énormes rochers lisses de cet endroit, elle plonge dans des rêveries profondes. C’est l’été éternel.

En 1981 elle retourne vivre et chanter à Londres, attirée par l’ambiance électrique post-punk de l’époque. De jour elle travaille en tant qu’assistant dentaire, le soir elle interprète ses chansons dans les petits clubs du West End. Vers la fin des années 80, elle participe à la création de films et obtient une maitrise en danse et chorégraphie.

L’œuvre poétique de Chloe Douglas est sans doute marquée par ces deux ambiances opposées : son adolescence pastorale, ingénue, spontanée, et la vie frénétique et exigeante de la grande ville.

Actuellement elle vit dans le sud de l’Ecosse avec son compagnon et ses deux enfants. Son temps est partagé entre sa vie de famille, ses écrits et sa musique et son métier de professeur.

Couleurs du monde de Gabrielle Althen

Fleur sèche et collée sur la vallée
L’allégresse à côté du pardon
Et tous deux étrangers à nos yeux
Il me semblait voir diminuer la beauté
Tel paysage est maison forte
Et le miracle est habité
Le vent respire
Un jonc écrit
Ce vieux cri mon espoir cesse enfin de s’étirer :
Un vrai carré de liberté !
Je suis là
Dieu regarde
Le papillon est jaune et l’hiver transparent
Et qu’il y faille regarder tant les êtres et les choses
Si ainsi se déplacent les monts
Sur leurs cordes de ciels verts et d’orages ordinaires

Merveille comme une larme qui s’isole
Sur une lame de l’hiver
Le beau geste de pleurer réinventé
La couleur devenue plus amère
Avec ce bleu qui se décharne
Mais comment se tenir sur le fil
Où le ciel baisera la montagne ?
Ce jour ne pleure pas
Le vent brille
La chose est sans contour
Un grand cyprès roussit
Pour que la mort ne soit pas dite absente
Mais les armures sont invisibles
Comme le jour dans le jour
Et le gibier qui court dans la musique

Gabrielle Althen

L’image provient su site Pixabay- @garageband

La vie est une fleur de Christelle David

La vie est une fleur qui s’épanouit lentement
Un a un ouvre ses pétales, éclatante de beauté
Puis doucement s’éteint et se fane.
Les gouttes de rosée viennent caresser le bourgeon
Recroquevillé tel un fœtus.
Puis dans un cri s’arrache du ventre de la terre,
Sa mère nourricière.
Dans l’éclat du petit matin hésite, tremblante et s’ouvre,
Réchauffée par la lumière et les premiers rayons du soleil.
Bercée tendrement par la douceur du vent printanier
Laissant couler les dernières larmes de pluie
Sur sa robe encore froissée.
Protégée par sa fragilité et sa beauté éphémère
Comme l’enfant, petit être naïf et innocent
Frêle, émerveillée, lentement se redresse et grandit
Découvre la vie, s’émerveille et s’épanouit
Puis rebelle, tête haute brave les forces et les tempêtes
Adulte, trace son chemin, se résigne
Accepte son destin
Lentement regarde sa vie,
S’accroche au passé
Mais l’avenir défile droit devant
Et paisible elle s’éteint
Épargnée par sa fragile nature
Des agressions qui auraient pu l’anéantir.
La main innocente qui arrache la beauté de cette fleur
Ou la haine qui l’écrase de sa botte
Douloureusement se replie et se recroqueville
Dans une pluie, verse ses larmes fécondes
Nourrit la terre de sa source.


Christelle David

Pendant un demi-siècle, Angélique Ionatos a mis en musique la poésie grecque contemporaine. À ses accents de tragédienne, elle mêlait les engagements de son temps. Elle est morte mercredi 7 juillet à 67 ans.