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Dernière fable de Didier Venturini

Une dernière fable

De Venise
Rêves de sable
Qui s’enlisent

Cité mystère
Palais des doges
Les sanctuaires
La grande loge

Les amulettes
Les talismans
Les cours secrètes
Leur goût d’orient

Éclats de lune
Sur les canaux
Que disent les runes
Baron Corvo

Pont des merveilles
Pour une émeraude
Que les lions veillent
Dans la nuit chaude

La clavicule
De Salomon
Lire les formules
Les allusions

Rencontres nocturnes
Une poétesse
Parmi les brumes
Beaucoup d’ivresse

La rue de l’amour
Des amis
Plus loin toujours
D’autres pays

Didier Venturini, 2009

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Comme un poème de Boris Sentenac

Comme un poème 

 

Le soleil n’est jamais rouge :

L’heure l’exprime

Comme un poème

Exprime le monde.

Tes yeux ne voient rien,

Ta pensée le sait

Comme un poème

Sait ton monde.

Ton regard saisit l’opulence :

Le reflet de l’instant

Comme un poème

Saisit qui tu es.

Boris Sentenac

 

 

Grandir ensemble de Jean-François Malarmé

J’aime beaucoup rêver tout seul

Que je dévore un gros crumble.

Mais j’aime aussi quand on est deux

A regarder le ciel tout bleu.

On a moins peur quand on est trois

Si on se perd au fond des bois.

C’est vraiment bien quand on est quatre

A rigoler comme au théâtre.

Comme les parents, on parle à cinq

Autour d’une table et puis on trinque.

On court beaucoup quand on est six

A faire pin pon comme la police.

Les jours de pluie quand on est sept

On aime recevoir une belle cassette.

On se régale quand on est huit

D’un hamburger et de pommes frites.

On se promène quand on est neuf

Pour bien montrer nos habits neufs…

Je compte mes doigts et ça fait dix

Je sens mes gants qui rapetissent !

Jean-François MALARME

Lily bellule s’envole de Jacques Viallebesset

Dans Lyon aujourd’hui
S’envole une libellule
Qui entonne
Le plain-chant
En même temps
Qu’elle dit à tous
Le grand élan du printemps
Les bouquets d’oiseaux
Dans les ramures des mains
S’offrent à tous les passants
Le frou-frou des paupières
S’épanouit en pétales de lilas
Les bourgeons du sourire
Étincellent d’une nouvelle sève
Éclatant en étamines pulpeuses
De soleil

Dans Lyon aujourd’hui
S’envole une tourterelle
Dans le ciel troué de mes yeux
J’entends battre au nid de mes mains
La pulsation légère de son sang
Qu’elle offre à tous
Promesse d’un possible bonheur
Universel tandis que s’écroulent
Les murs de vos cœurs
Amour plus grand que notre amour
Dont vous recueillez
Les escarbilles de beauté
Lyon aujourd’hui
Est un éternel jardin
Où se rouler dans l’herbe
Verte fraîche et tendre.
Humaine, rien qu’humaine
La belle aventure
Nous réunit dans le feuillage
Des murmures partagés.

 

Jacques Viallebesset, 14l’écorce des cœurs, 

J’ai pour toi un lac de Gilles Vigneault

J’AI POUR TOI UN LAC

J’ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu
Comme un oeil ouvert sur la nuit profonde
Un cristal frileux
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille
A brise d’automne et chanson d’hiver
S’y mire le temps, s’y meurent et s’y cueillent
Mes jours à l’endroit mes nuits à l’envers.

J’ai pour toi très loin une promenade
Sur un sable doux
Des milliers de pas sans bruit, sans parade,
Vers on ne sait où
Et les doigts du vent des saisons entières
Y ont dessiné comme sur nos fronts
Les vagues du jour fendues des croisières
Des beaux naufragés que nous y ferons

J’ai pour toi défait mais refait sans cesse
Les mille châteaux
D’un nuage aimé qui pour ma princesse
Se ferait bateau
Se ferait pommier se ferait couronne
Se ferait panier plein de fruits vermeils
Et moi je serai celui qui te donne
La terre et la lune avec le soleil

J’ai pour toi l’amour quelque part au monde
Ne le laisse pas se perdre à la ronde

Gilles Vigneault

 

Le jardin et la maison de Anna de Noailles

Le jardin et la maison

Voici l’heure où le pré, les arbres et les fleurs
Dans l’air dolent et doux soupirent leurs odeurs.

Les baies du lierre obscur où l’ombre se recueille
Sentant venir le soir se couchent dans leurs feuilles,

Le jet d’eau du jardin, qui monte et redescend,
Fait dans le bassin clair son bruit rafraîchissant ;

La paisible maison respire au jour qui baisse
Les petits orangers fleurissant dans leurs caisses.

Le feuillage qui boit les vapeurs de l’étang
Lassé des feux du jour s’apaise et se détend.

– Peu à peu la maison entr’ouvre ses fenêtres
Où tout le soir vivant et parfumé pénètre,

Et comme elle, penché sur l’horizon, mon cœur
S’emplit d’ombre, de paix, de rêve et de fraîcheur.

Anna de Noailles

Anna, princesse Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles est une poétesse française née le 15 novembre 1876 à Paris où elle décède le 30 avril 1933. Elle épouse Mathieu de Noailles le 18 août 1896 à Évian, le couple fait partie de la haute société parisienne de l’époque. Anna et Mathieu de Noailles n’auront qu’un fils, le comte Anne Jules de Noailles (1900-1979).

Anna de Noailles est la première femme devenue commandeur de la Légion d’honneur et l’Académie française lui nomma un prix. Elle est aussi la première femme reçue à l’Académie Royale de Langue et de Littérature de Belgique (lui ont succédé Colette et Cocteau). Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise en 1933 mais son cœur repose dans le cimetière d’Amphion-les-Bains.

Prix Andrée Chedid 2017

©Livresd’unjour

Le Prix Andree Chedid a été attribué à Elise Mélinand. Elle a reçu son prix ce 14 juillet 2017 lors du festival des Francofolies de La Rochelle. Elise Mélinand a composé sa chanson à partir du poème « J’écrirai » de Salah al Hamdani (in Badgad Mon amour, Editions Le Temps des Cerises).

J’écrirai
à cette main qu’on pose sur le drap d’un mourant
à cette larme qui coule le long du visage de l’aurore
à ce regard qui voltige derrière un départ

Je chérirai
ce reste de lumière
pour l’arrogance des jours
pour les cendres des vaincus

J’offrirai
l’odeur de la forêt inondée
à la pierre
à ceux qui ne voient pas tes yeux
à ce mirage des mots dans l’ombre

J’inventerai
une prière sur une terrasse
à mes rêves éphémères sur la paix
à votre dieu sans verge ni vagin
à toutes les guerres des lâches

Et j’écrirai encore
le ciel est au-dessus de ma table
à celui qui a voulu tracer le mot liberté
sur les collines de ton corps.

Salah Al Hamdani, Bagdad mon amour, Le Temps des Cerises

 

 

Découvrir sa chanson 

Elise Mélinand :Née dans une famille d’artistes, Elise a toujours baigné dans cet univers. C’est à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle chante pour la 1ère fois devant un public dans un club de vacances, qu’elle a un déclic. Très émue après sa prestation, la jeune fille sait qu’elle veut continuer dans la chanson.
Elle rentre au Conservatoire, à 8 ans, pour y apprendre le violoncelle, tout en continuant de chanter, en parallèle, dans sa chambre. Et c’est tout naturellement qu’après son bac, elle décide de partir à Berlin, où elle prend goût à la musique électronique. Depuis 2 ans, cette toute jeune maman est revenue en France. Elle continue de travailler sur ses projets personnels et compose des musiques de publicité.
La voix d’Elise est singulière, comme une voix d’enfant. Pendant longtemps, elle a été complexée, mais aujourd’hui elle l’assume enfin; sa voix, « soit on l’aime soit on la déteste ».