Lundi, c’est poésie !

Baisers de brouillard (poème)

Le visage du ciel dérobe la gravité du monde.
De baisers en étreintes, couleurs dévorées,
La fraîcheur de l’instant née de toutes les chaleurs
S’étend pour rendre illisible les secondes qui s’écoulent.

Le souffle de la nuit chasse la poésie
Que les hommes, absents en ces heures
Et pourtant se signifiant omniprésents et aveuglés par leurs lumières,
Habillent encore et toujours de leurs étoiles.

 

Boris Sentenac

 

L’hiver de Jules Verne

Quand par le dur hiver

Quand par le dur hiver tristement ramenée
La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
Par nos nombreux fagots, rendez-moi l’âtre étroit !

Par le rêveur oisif, la douce après-dînée !
Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
Au bonheur !  il ne veut devant sa cheminée
Qu’un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;
La flamme s’élargit, comme une étoile jette
L’étincelle que l’œil dans l’ombre fixe et suit ;

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;
L’illusion redouble ; heureux ! il pense joindre
À la chaleur du jour le charme de la nuit !

Jules Verne (1828-1905) n’est pas seulement le célèbre auteur de romans d’aventures et de science-fiction que l’on connaît. (« Poésies inédites » – Le cherche-midi)

 

Merveilleux Noëls de Véronique Audelon

Merveilleux Noëls de mon enfance,
Avec toute cette effervescence
Qui régnait partout dans la maison,
Et le sapin plein de décorations !
Moments de joie sans pareil,
Parés de bonheur et de merveilles ;
Maman qui préparait la bûche,
Nous qui faisions les truffes
Les mains pleines de chocolat,
Plus sur nos doigts que dans le plat !
Et enfin, la dernière nuit venue
Avant le grand jour tant attendu,
Le sommeil qui ne veut pas venir,
Trop excités pour s’endormir ;
Espérer que le Père-Noël va oublier
Les bêtises faites pendant l’année,
Puis au petit matin, se lever,
Et devant nos yeux émerveillés
En découvrant les paquets,
Nos parents qui souriaient !

Je revis ces merveilleux moments
Aujourd’hui, avec mes enfants ;
Décorer toute la maison
De guirlandes en papier crépon,
Mettre dans la crèche les santons,
Sur le sapin, les boules brillantes
Et les guirlandes étincelantes
De mille couleurs scintillantes !
Préparer avec eux le repas de fête,
Sortir les plus belles assiettes,
Et à l’approche du jour formidable
Les découvrir un peu plus sages,
Juste pour que le Père Noël oublie
Qu’ils n’ont pas toujours été gentils !
Avec le même regard pour mes enfants
Qu’avaient jadis pour moi mes parents,
Je retrouve chaque année l’instant magique,
Quand leurs yeux magnifiques
Découvrent sous le sapin,
Leurs cadeaux au petit matin !

Véronique Audelon

Décembre de Émile Verhaeren

Décembre

(Les hôtes)

– Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l’auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s’habille de feuilles mortes.

– Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

– Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s’indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

– Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s’ouvrent pour vous loger chez nous.

– Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

– Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l’âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons – dites, depuis quels temps ? –
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Emile Verhaeren

A la lune de Léon -Pamphile Le May

moon-1859616_960_720A la lune

Quand tu luis au-dessus de la forêt mouvante,
On dirait que des feux s’allument tout au fond.
Tu donnes un baiser à l’océan profond,
Et l’océan frémit comme une âme vivante.

Es-tu notre compagne ? Es-tu notre servante ?
Ton éclat nous ravit, ton pouvoir nous confond.
Sous ton voile brillant comme l’or qui se fond,
N’es-tu qu’un astre mort où règne l’épouvante ?

Donne au toit sans lumière un rayon de pitié,
Au rêve du poète, une aile audacieuse,
Et sur les nids d’amour plane silencieuse.

Tu n’offres à nos yeux souvent qu’une moitié…
De même faisons-nous, blonde lune que j’aime ;
Cachons-nous des défauts par ce vieux stratagème.

Léon Pamphile Le May

Merci à Eveline de m’avoir fait connaître ce poète Québécois.

Léon-Pamphile Le May, né le à Lotbinière et décédé le (à 81 ans) à Deschaillons, est un romancier, poète, conteur, traducteur, bibliothécaire et avocat québécois.

 

Au matin de Lucie Delarue-Mardrus

Au Matin.
 
Quand je chauffe mes mains au soleil du jardin
Dont l'automne a rouvert toute la perspective,
Un invisible oiseau, quelque merle anodin,
Vient siffler près de moi sa chanson instinctive.
 
De même que cet humble et fragile gosier
Exalte la splendeur et l'amour de la vie,
Du plus large tilleul au plus chétif rosier
Chaque arbre ou chaque branche en plein azur dévie;
 
Et mon âme s'ajoute aux choses du jardin,
A votre élan rameux, branches originales,
A toi, merle flûtiste aux multiples finales,
Pour célébrer aussi le charme du matin.

Le poète de Gilles Vigneault

Le poète

Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre,
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j’y rêve d’habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l’Univers
La pesanteur d’un instant.

Gilles Vigneault
Balises, 1964

Pour accompagner ce poème, j’ai choisi cette musique. Bonne écoute et bonne semaine !

%d blogueurs aiment cette page :