Nous dormirons ensemble de Louis Aragon

Je viens d’avoir un autre lien pour cette chanson, j’aime l’interprétation, et je vais la partager :

http://www.aupositeur.be/nous-dormirons-ensemble/

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble

C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Louis Aragon 

 

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Bulgarie, Lundi, c’est poésie !

Les Corbeaux

Blanches
sont notre maison,
la grange
et la cour.
Blanches
sont les meules
de foin.
Blancs
sont les champs
et même le Balkan.

Seuls
les corbeaux,
noirs, tout noirs,
tournoient
en nuées
là-bas,
dans la vallée.

Ils tournoient,
les ailes déployées,
au-dessus,
des fourrés,
des rivières
et des champs
tout blancs.

Ils tournoient
en cherchant
vainement
un petit coin noir
pour se poser.

Dobri Jotev – Le poème présenté ci-dessus est extrait des recueils Premiers pas et Soleils amoureux.

Traduit du bulgare par Ralitsa Mihailova-Frison-Roche.

Roumanie, le lundi c’est poésie !

Roumanie : Mihaï Eminescu

Conte de fées

Brumes blanches, scintillantes,
Sourdent de la lune qui
Très soigneusement les pose
Sur les eaux, sur les prairies.

Les fleurs toutes s’y assemblent
Pour se dire des histoires,
Et agrafent des topazes
Sur la robe des nuits noires.

Près du lac, où les nuages
Ont tissé ombres légères
Que les vagues rompent comme
rondes mottes de lumière,

Une enfant regarde l’onde,
Elle appelle un cher visage,
Et des roses jette rouges,
Car l’envoûte du rivage

Et le lac ensorcelé
Et les saules sont soumis
A la douce, à la très-sainte
Notre-Dame-du-Lundi;

Et l’enfant appelle encore,
Et des roses jette blanches,
Car ici commande et charme
Notre-Dame-des-Dimances…

Le grand lac reflète en feux
De l’enfant la douce face;
Et dans ses deux grands yeux bleus
tous les contes bleus s’amassent.

1876 – traduction : D. I. SUCIANU

Mihai Eminescu, de son nom d’état-civil : Mihail Eminovici, (15 janvier 1850 – 15 juin 1889), est un poète romantique, le plus célèbre de Roumanie.
Source ici

 

Poésie du lundi, mois de l’Europe de l’Est

Poète Russe : Anna Akhmatova

Courage

Nous savons ce qui maintenant est en balance
Et ce qui maintenant s’accomplit.
Nos horloges sonnent l’heure du courage,
Et le courage ne nous abandonnera pas.
Il n’est pas terrible de tomber sous les balles,
Il n’est pas amer de rester sans toit,
Et nous te garderons, langue russe,
Immense parole russe.
Nous te porterons libre et pure,
Nous te transmettrons à nos descendants,
Et nous te sauverons de la captivité,
À jamais.

Extrait de Requiem : Poème sans héros

Anna Akhmatova est née à Odessa le 23/06/1889. Elle est une des plus importantes poétesses russes du XXe siècle. Égérie des acméistes, surnommée la « reine de la Neva » ou « l’Âme de l’Âge d’Argent », Anna Akhmatova demeure aujourd’hui encore l’une des plus grandes figures féminines de la littérature russe.

Elle étudie le droit à l’Université de Kiev puis la littérature et l’histoire à Saint Pétersbourg. Très jeune, elle y fréquente salons et cafés littéraires, publie des vers dans les revues. Ses premiers livres, Soir (1912), Chapelet (1914) rencontrent un accueil fervent. Réservée à l’égard de l’inspiration idéologique de la révolution, Akhmatova refuse cependant de suivre dans l’émigration ou l’opposition, la plupart des écrivains de sa tendance.

En 1922, sa poésie est interdite de publication par les autorités soviétiques. Elle continue toutefois à écrire et vit de traductions (notamment celles de V. Hugo ou de R. Tagore).

Après la mort de Staline, en mars 1953, Anna Akhmatova est lentement réhabilitée et réapparaît progressivement sur la scène littéraire soviétique. Elle poursuit alors la composition de ses ouvrages les plus importants, Poèmes sans héros et Requiem, des œuvres en hommage aux victimes de la terreur stalinienne.

Elle s’éteint le 5 mars 1966 à Moscou.

Je te parle tout bas de Michèle B.

Je te parle tout bas

Il n’est plus bel instant que ces doux bavardages
Entre l’espoir et moi, entre hier et demain,
Ma solitude et toi qui as guidé ma main
Sur le papier Vélin en d’obscurs babillages.

Veilleuse de mes soirs de mornes habitudes
Ton visage de craie, lumineux de bonté,
Me rappelle un passé où l’amour chuchoté
Illuminait la vie d’aimables interludes.

Dans le soir apaisé des fracas de la ville,
Sous l’astre plein et blanc, avec des mots surpris
Par le fardeau las des souvenirs épris,
Je te parle tout bas de mon âme sébile.

Michèle B.

Vous pouvez trouver d’autres poésies et écrits de Michèle sur son blog , l’œil buissonnier.  

Le pot de terre et le pot de fer de Jean de La Fontaine

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n’en reviendrait morceau.
Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai.
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils treuvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu’avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces Pots

Jean de La Fontaine

Février de Isabelle Callis-Sabot

Voici que Février revient, plein de promesses,
Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;
Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement.

Le printemps apparaît, le rude hiver s’achève ;
Par les champs, par les prés, dévalent les ruisseaux,
Le vieil arbre bourgeonne et se gorge de sève,
Bientôt, dans sa ramée, nicheront les moineaux.

Un soleil radieux inonde la colline,
Au jardin tout prend vie, tout cherche à émouvoir,
Et je sens, sous mes pas, tandis que je chemine,
La terre qui frémit et palpite d’espoir.

Isabelle Callis-Sabot