Serveur Vocal Poétique

Le Serveur Vocal Poétique de la Cie Home Théâtre est de retour depuis le samedi 20 mars avec 30 nouveaux poèmes à écouter, dont la moitié sont inédits.

Composez le 03 74 09 84 24 et laissez-vous guider ! Il faut s’y perdre et grappiller. Il y a une multiplicité de langues et de voix à rencontrer, à l’autre bout du fil. Il s’agit d’un numéro local, gratuit, situé en France, accessible 24h/24 et 7j/7.

30 poètes et poétesses ont participé à ce nouveau S.V.P. : Nadège Adam, Isabelle Alentour, Olivier Barbarant, Samantha Barendson, Rim Battal, Stéphane Bouquet, Julien Bucci, Serge Collombat, Jacques Darras, Izis dore, Ariane Dreyfus, Fabien Drouet, Jean-Marc Flahaut, Lili Frikh, Johan Grzelczyk, Marien Guillé, Jean Jehanno, Chloé Landriot, Charlène Lyonnet, Murièle Modély, Emmanuel Moses, Pauline Picot, Eric Poindron, Valérie Rouzeau, James Sacré, Maud Thiria, Milène Tournier, Véronique Laurence Viala, Laurence Vielle, Sylvie Zobda.

Les mots de couleur de Guenrikh Sapguir

En mars, j’ai accepté de participer au mois de l’Europe de l’Est proposé par Eva, Patrice et Goran.

Ce lundi commence par de la poésie russe :

Les mots de couleur

L’herbe a des mots tout verts
qui chuchotent dans l’air.

Le vent a des mots bleus
qui sont parfois houleux.

Le soleil à l’aurore
a des mots rouge et or.

Et les mots se répondent
en repeignant le monde.

Guenrikh Sapgui

Guenrikh Sapguir (cité dans « Anthologie de la poésie russe pour enfants » – traduction, présentation et choix de Henri Abril – Circé / poésie, 2000).


Poésie d’Amérique Latine : Disons de Mario Benedetti ( Uruguay)

Mario Benedetti, né en 1920, est un écrivain uruguayen, romancier, dramaturge et poète. Universitaire et membre du Movimiento de Liberación Nacional – Tupamaros, la dictature militaire dans son pays l’a contraint à l’exil entre 1973 et 1983. Il a vécu ensuite en Espagne jusqu’en 2006, et résidait à Montevideo, capitale de son pays natal, jusqu’à sa disparition en mai 2009.

Digamos

1.
Ayer fue « yesterday »
para buenos colonos
mas por fortuna nuestro
mañana no es « tomorrow »

2.
Tengo un mañana que es mio
y un mañana que es de todos
el mío acaba mañana
pero sobrevive el otro.

Mario Benedetti
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Disons

1.
Hier fut « yesterday »
pour les bons colons
mais par bonheur notre
demain n’est pas « tomorrow »

2.
J’ai un lendemain à moi
et un lendemain qui appartient à tous
le mien s’achève demain
mais l’autre lendemain survit.

Mario Benedetti

Poésie d’Amérique du sud : Fleur symbolique de Ana Isabel Illueca ( Panama)

À l’orchidée du Saint-Esprit, « fleur nationale ». Son nom au Panama, « La flor del Espíritu Santo« , fait aussi référence à sa ressemblance avec une colombe, le symbole religieux du Saint Esprit.

Es-tu fleur, ou bien un oiseau
qui, dans l’ombreuse frondaison,
avec des rayons de lune
et l’écume de la mer
construisit si fantastique
et pure allégorie
pour couver les rêves
dans un nid sans pareil ?

Es-tu fleur ou bien oiseau… ?
Te nourris-tu de fruits
ou les sucs de la terre
courent-ils par tes canaux ?
Embaumes-tu les fourrés
ou chantes-tu dans les arbres ?
Te pares-tu de pétales
ou de suaves plumes… ?

Fleur magicienne de mes forêts :
au milieu de la verte ramée,
cachée dans les bois
sombres et tropicaux,
tu surgis à la vie
avec des clartés de ciel coloré,
avec des blancheurs d’écume
et des parfums de feuilles…

Une auréole de lumières
diaphanes et brillantes,
comme la nacre que recèlent
nos mers limpides,
forme ton albe corolle
où se niche la gracile
colombe de l’Esprit
Saint aux ailes fragiles.

Fleur symbolique : tu es
sur les autels sacrés
de ma chère patrie
l’aimante émissaire
qui porte jusqu’à notre sol
des messages célestes…
C’est seulement ici que tu fleuris
comme un juste hommage
à une terre qui sait
accomplir de grandes missions.

Entre toutes, l’Isthme
te proclame souveraine,
capable de nous abriter
de tes ailes nivéales,
comme le font les indomptables
et gigantesques masses
qui, avec leur chanson de vagues,
bercent nos plages.

Fleur du Saint-Esprit,
orchidée immaculée :
depuis les vierges bosquets
couvrant les montagnes,
continue de nous prodiguer
tes corolles de nacre,
où s’est nichée
cette blanche colombe
qui couve les aspirations

de notre patrie bien-aimée.

Ana Isabel Illueca (1903 -1994 )

La voix de Ondine Valmore

La neige au loin couvre la terre nue ;
Les bois déserts étendent vers la nue
Leurs grands rameaux qui, noirs et séparés,
D’aucune feuille encor ne sont parés ;
La sève dort et le bourgeon sans force
Est pour longtemps engourdi sous l’écorce ;
L’ouragan souffle en proclamant l’hiver
Qui vient glacer l’horizon découvert.
Mais j’ai frémi sous d’invisibles flammes
Voix du printemps qui remuez les âmes,
Quand tout est froid et mort autour de nous,
Voix du printemps, ô voix, d’où venez-vous ?…

Ondine Valmore (1821-1853)

Ondine Valmore est une poétesse et femme de lettres française née à Lyon le 2 Novembre 1821 et morte en 1853 (à 31 ans).

Il me parait de Sappho

Il me paraît égal aux dieux
Celui qui près de toi s’assied,
Goûte la douceur de ta voix
Et les délices

De ce rire qui fond mon cœur
Et le fait battre sur mes lèvres.
Sitôt que je vois ton visage,
Ma voix se brise,

Ma langue sèche dans ma bouche,
Un feu subtil court sous ma peau,
Mes oreilles deviennent sourdes,
Mes yeux aveugles.

Mon corps ruisselle de sueur,
Un tremblement me saisit toute,
Je deviens plus verte que l’herbe.
Je crois mourir..

Sappho

Sappho (630 – 570 avant J.C.) était une poétesse grecque archaïque de l’île de Lesbos. Sappho est connue pour sa poésie lyrique, écrite pour être chantée accompagnée d’une lyre. Dans les temps anciens, Sapho était largement considéré comme l’un des plus grands poètes lyriques et reçut des noms tels que ‘la 10ème Muse’. La majeure partie de la poésie de Sappho est aujourd’hui perdue et ce qui existe n’a survécu que sous forme fragmentaire, à l’exception d’un seul poème complet: ‘L’Hymne à Aphrodite’.

Novembre d’ Isabelle Callis-Sabot

Novembre

La forêt se défait de ses belles couleurs,
Dans le froid du matin quelques rêves s’accrochent,
L’automne se consume et l’hiver se rapproche,
Le temps s’écoule avec une extrême langueur…

Au long sommeil la vie semble se résigner ;
Tandis que l’horizon timidement s’allume
Des écharpes de givre et des manteaux de brume
S’enroulent tout autour des arbres dénudés.

Silencieusement s’évapore la nuit,
L’amertume grandit au fur et à mesure ;
Novembre est là, qui décompose la nature
Et qui provoque un si mélancolique ennui.

Isabelle Callis-Sabot

Renoue vent, poème de Nadia Ben Slima

 

Renoue le vent,

Je suis le vent
questionne la forêt
la brise sous les feuillages
chemine, souffle continu en quête

Le chant des oiseaux s’y posent
dans un son, léger et reposant

Je suis le vent
psalmodie la merveille des couleurs
herbes, feuilles effleurées jusqu’aux rémiges
indifférentes

L’odeur mousseuse, terreuse épanouie
guéris du temps et de la nuit

Je suis le vent
virevolte, mélange les sens
indomptable dans sa fraîcheur
cernées par les arbres protecteurs
défie les ardeurs, balaie les rumeurs

Finis dans un tourbillon de feuilles mortes
et naîtra de nouveau dans le bleu et or d’un papillon égaré

Nadia Ben Slima, 2016

Née en 1980 dans un village mosellan, Nadia BEN SLIMA a passé toute son enfance et la plupart de sa vie d’adulte dans l’Est de la France : Lorraine, Alsace et Franche-Comté. Actuellement, elle vit dans le Nord, à Lille. Autant attirée par les sciences que par la littérature, elle a fait le choix d’une carrière scientifique, mettant en veille son autre passion.

Un recueil de poésie est à venir ainsi que d’autres projets d’écritures décalés, poétiques et surtout salvateurs. ( source  Poetica)

Vœux simples de Cécile Sauvage

Vœux simples

Vivre du vert des prés et du bleu des collines,
Des arbres  racineux qui grimpent aux ravines,
Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;
Vivre du cliquetis allègre des moissons,
Du clair halètement des sources remuées,
Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,
Des octobres semeurs de feuilles et de fruits
Et de l’enchantement lunaire au long des nuits
Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.
Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,
Gratter de la spatule une écuelle en bois,
Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix
Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,
Des fromages caillés couverts de sarriettes.
Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,
Prodiguer des baisers sagement sensuels
Ayant le goût du miel et des roses ouvertes
Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes
À l’ami que bien seule on possède en secret.
Ensemble recueillir le nombre des forêts,
Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,
Courir dans l’infini sans entendre la tourbe
Bruire étrangement sous la vie et la mort,
Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,
La stérile pudeur et le tourment des gloses ;
Se tenir embrassés sur le néant des choses
Sans souci d’être grands ni de se définir,
Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir
Et toujours conservant le rythme et la mesure
Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.
Voir sans l’interroger s’écouler son destin,
Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,
Croire que le fatal a décidé la pente
Et faire simplement son devoir d’eau courante.
Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,
Repousser le rayon que l’orgueil butina,
N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,
Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,
Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,
Croire que tout est bon parce que tout est beau,
Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie
Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.

Cécile Sauvage, Tandis que la terre tourne

 

Cécile Sauvage, « poétesse de la maternité », est une femme de lettres française, née à La Roche-sur-Yon le et morte à Paris le .

Elle vécut la majeure partie de sa vie à Saint-Étienne et écrit chaque jour à sa petite table de bois blanc tachée d’encre. Elle découvre les poètes anglais, notamment dont le vers La poésie de la terre ne meurt jamais semble être écrit pour illustrer la poésie de Cécile Sauvage.

Elle s’éteint à l’Hôtel-Dieu de Paris le , dans les bras de son époux et de ses fils. ( source Wikipédia)

 

En sortant de l’école de Jacques Prévert

En sortant de l’école

nous avons rencontré

un grand chemin de fer

qui nous a emmenés

tout autour de la terre

dans un wagon doré

Tout autour de la terre

nous avons rencontré

la mer qui se promenait

 

avec tous ses coquillages

ses îles parfumées

et puis ses beaux naufrages

et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer

nous avons rencontré
la lune et les étoiles

sur un bateau à voiles

partant pour le
Japon

et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main

tournant la manivelle d’un petit sous-marin

plongeant au fond des mers

pour chercher des oursins

Revenant sur la terre

nous avons rencontré

sur la voie de chemin de fer

une maison qui fuyait

fuyait tout autour de la terre

fuyait tout autour de la mer

fuyait devant l’hiver

qui voulait l’attraper

Mais nous sur notre chemin de fer

on s’est mis à rouler
rouler derrière l’hiver

et on l’a écrasé

et la maison s’est arrêtée

et le printemps nous a salués

C’était lui le garde-barrière

et il nous a bien remerciés

et toutes les fleurs de toute la terre

soudain se sont mises à pousser

pousser à tort et à travers

sur la voie du chemin de fer

qui ne voulait plus avancer

de peur de les abîmer

Alors on est revenu à pied

à pied tout autour de la terre

à pied tout autour de la mer

tout autour du soleil

de la lune et des étoiles

A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles

Jacques Prévert