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Prix Andrée Chedid 2017

©Livresd’unjour

Le Prix Andree Chedid a été attribué à Elise Mélinand. Elle a reçu son prix ce 14 juillet 2017 lors du festival des Francofolies de La Rochelle. Elise Mélinand a composé sa chanson à partir du poème « J’écrirai » de Salah al Hamdani (in Badgad Mon amour, Editions Le Temps des Cerises).

J’écrirai
à cette main qu’on pose sur le drap d’un mourant
à cette larme qui coule le long du visage de l’aurore
à ce regard qui voltige derrière un départ

Je chérirai
ce reste de lumière
pour l’arrogance des jours
pour les cendres des vaincus

J’offrirai
l’odeur de la forêt inondée
à la pierre
à ceux qui ne voient pas tes yeux
à ce mirage des mots dans l’ombre

J’inventerai
une prière sur une terrasse
à mes rêves éphémères sur la paix
à votre dieu sans verge ni vagin
à toutes les guerres des lâches

Et j’écrirai encore
le ciel est au-dessus de ma table
à celui qui a voulu tracer le mot liberté
sur les collines de ton corps.

Salah Al Hamdani, Bagdad mon amour, Le Temps des Cerises

 

 

Découvrir sa chanson 

Elise Mélinand :Née dans une famille d’artistes, Elise a toujours baigné dans cet univers. C’est à l’âge de 4 ans, lorsqu’elle chante pour la 1ère fois devant un public dans un club de vacances, qu’elle a un déclic. Très émue après sa prestation, la jeune fille sait qu’elle veut continuer dans la chanson.
Elle rentre au Conservatoire, à 8 ans, pour y apprendre le violoncelle, tout en continuant de chanter, en parallèle, dans sa chambre. Et c’est tout naturellement qu’après son bac, elle décide de partir à Berlin, où elle prend goût à la musique électronique. Depuis 2 ans, cette toute jeune maman est revenue en France. Elle continue de travailler sur ses projets personnels et compose des musiques de publicité.
La voix d’Elise est singulière, comme une voix d’enfant. Pendant longtemps, elle a été complexée, mais aujourd’hui elle l’assume enfin; sa voix, « soit on l’aime soit on la déteste ».

 

A Place of Mystery / Un lieu de mystère de F.G.M

claude-monet-coin-de-jardin-a-montgeron

Harebell
love-in-a-mist
wild marigold
incredible cosmos.

It’s a mess of flowers,
a colorful animated painting
loved by the butterflies,
a Place of Mystery.

There, the soul of a little bird
can get some rest,
and the sky never ends
above its grave.

© Frédéric Georges Martin

…  …  …  …

Campanule
nigelle
souci des champs
incroyable cosmos.

C’est un fouillis de fleurs,
un vivant tableau de couleurs
aimé des papillons,
un lieu de Mystère.

Là, l’âme d’un petit oiseau
trouve quelque repos,
et le ciel est immense
au dessus de sa tombe.

© Frédéric Georges Martin

La peinture est : Coin de jardin à Montgeron de Monet

 

Juillet de Louis-Honoré Fléchette

Juillet

Depuis les feux de l’aube aux feux du crépuscule,
Le soleil verse à flots ses torrides rayons ;
On voit pencher la fleur et jaunir les sillons
Voici les jours poudreux de l’âpre canicule.

Le chant des nids a fait place au chant des grillons ;
Un fluide énervant autour de nous circule ;
La nature, qui vit dans chaque animalcule,
Fait frissonner d’émoi tout ce que nous voyons.

Mais quand le boeuf qui broute à l’ombre des grands chênes
Se tourne haletant vers les sources prochaines,
Quel est donc, dites-vous, ce groupe échevelé

Qui frappe les échos de ses chansons rieuses ?
Hélas ! c’est la saison des vacances joyeuses…
Comme il est loin de nous ce beau temps envolé !

 

Louis-Honoré Fléchette

Louis-Honoré Fréchette est un poète canadien, écrivain, dramaturge et homme politique québécois, né en 1839, et décédé à Montréal en 1908.

Peinture de Giovani Boldini : le hamac

Pourquoi que je vis de Boris Vian

Pourquoi que je vis
Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Appuyée au mur
Sous le plein soleil
Pour la voile ronde
D’un pointu du port
Pour l’ombre des stores
Le café glacé
Qu’on boit dans un tube
Pour toucher le sable
Voir le fond de l’eau
26Qui devient si bleu
Qui descend si bas
Avec les poissons
Les calmes poissons
Ils paissent le fond
Volent au-dessus
Des algues cheveux
Comme zoizeaux lents
Comme zoizeaux bleus
Pourquoi que je vis
Parce que c’est joli

Boris Vian

A Aurore de George Sand

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime,
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

George Sand.

Peinture de Camille Pissaro

Chanson de la Seine de Jacques Prévert

La Seine a de la chance

Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et elle sort de sa source
Tout doucement, sans bruit, sans sortir de son lit
Et sans se faire de mousse
Elle s’en va vers la mer
En passant par Paris.
La Seine a de la chance


Elle n’a pas de souci
Et quand elle se promène
Tout au long de ses quais
Avec sa belle robe verte
et ses lumières dorées
Notre-Dame jalouse, immobile et sévère
De haut de toutes ses pierres
La regarde de travers
Mais la Seine s’en balance
Elle n’a pas de souci
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit
Et s’en va vers le Havre, et s’en va vers la mer
En passant comme un rêve
Au milieu des mystères

Textes poétiques
Jacques Prévert

Peinture de Raoul Dufy – (1877-1953)

Ville de Tahar Ben Jelloun

Ville

Il ne suffit pas d’un tas de maisons pour faire une ville
Il faut des visages et des cerises
Des hirondelles bleues et des danseuses frêles
Un écran et des images qui racontent des histoires

Il n’est de ruines qu’un ciel mâché par des nuages
Une avenue et des aigles peints sur les arbres
Des pierres et des statues qui traquent la lumière
Et un cirque qui perd ses musiciens

Des orfèvres retiennent le printemps dans des mains en cristal
Sur le sol des empreintes d’un temps sans cruauté
Une nappe et des syllabes déposées par le jus d’une grenade
C’est le soleil qui s’ennuie et des hommes qui boivent

Une ville est une énigme leurrée par les miroirs
Des jardins de papier et des sources d’eau sans âme
Seules les femmes romantiques le savent
Elles s’habillent de lumière et de songe

Métallique et hautaine,
La ville secoue sa mémoire
En tombe des livres et des sarcasmes, des rumeurs et des rires
Et nous la traversons comme si nous étions éternels.

Tahar Ben Jelloun
Paris, le 11 novembre 2005