Lundi, c’est poésie !

Automne

Vois ce fruit, chaque jour plus tiède et plus vermeil,

Se gonfler doucement aux regards du soleil !

Sa sève, à chaque instant plus riche et plus féconde,
L’emplit, on le dirait, de volupté profonde.

Sous les feux d’un soleil invisible et puissant,
Notre cœur est semblable à ce fruit mûrissant.
De sucs plus abondants chaque jour il enivre,
Et, maintenant mûri, il est heureux de vivre.

L’automne vient : le fruit se vide et va tomber,
Mais sa gaine est vivante et demande à germer.
L’âge arrive, le coeur se referme en silence,
Mais, pour l’été promis, il garde sa semence.

Ondine Valmore

Ondine Valmore est une poétesse et femme de lettres française née à Lyon le  2 novembre 1821 et morte le 12 février 1853 (à 31 ans)

Ondine publia quelques courts recueils de poèmes et de contes. Ayant passé une grande partie de sa vie avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, le thème de la mort et du cycle de la vie, symbolisés par le motif de l’automne et de l’hiver, sont très présents dans ses œuvres, attestant aussi d’une écriture paradoxale de la joie des instants précieux à savourer.

Lundi, c’est poésie !

L’automne

Voici venu le froid radieux de septembre :

Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;

Mais la maison a l’air sévère, ce matin,

Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l’été se sont tues !

Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?

Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois

Que la bise grelotte et que l’eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;

Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,

Mais le vent les reprend et barre leur chemin

Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute

Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,

Et puis tout redevient encor silencieux,

Et l’Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S’en revient pour chauffer devant le feu qui flambe

Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,

Et la vieille maison qu’il va transfigurer

Tressaille et s’attendrit de le sentir entrer.

Anna de Noailles (1876-1933)

D’origine gréco-romaine, Anna de Noailles est née à Paris, où elle vécut de 1876 jusqu’à sa mort, en 1933. À partir de son premier recueil, Le Cœur innombrable (1901), couronné par l’Académie Française, Noailles composa neuf recueils de poèmes, trois romans (dont le savoureux Visage émerveillé, en 1904), un livre combinant histoires courtes et méditations sur les relations hommes-femmes (Les Innocentes, ou La Sagesse des femmes, 1923), un recueil de proses poétiques (Exactitudes, 1930), et une autobiographie couvrant son enfance et son adolescence (Le Livre de ma vie, 1932).

Le lundi, c’est poésie – En septembre de Paul Verlaine

Parmi la chaleur accablante
Dont nous torréfia l’été,
Voici se glisser, encor lente
Et timide, à la vérité,

Sur les eaux et parmi les feuilles,
Jusque dans ta rue, ô Paris,
La rue aride où tu t’endeuilles
De tels parfums jamais taris,

Pantin, Aubervilliers, prodige
De la Chimie et de ses jeux,
Voici venir la brise, dis-je,
La brise aux sursauts courageux…

La brise purificatrice
Des langueurs morbides d’antan,
La brise revendicatrice

Qui dit à la peste : va-t’en

!

Et qui gourmande la paresse
Du poète et de l’ouvrier,
Qui les encourage et les presse…
« Vive la brise ! » il faut crier :

« Vive la brise, enfin, d’automne
Après tous ces simouns d’enfer,
La bonne brise qui nous donne
Ce sain premier frisson d’hiver ! »

Paul Verlaine

Paul Verlaine est un écrivain et poète français né le 30 mars 1844 à Metz (Moselle) et mort le  8 janvier 1896 à Paris

Il s’essaie à la poésie et publie son premier recueil, Poèmes saturniens, en 1866, à 22 ans. Il épouse en 1870 Mathilde Mauté. Le couple aura un enfant, Georges Verlaine. Sa vie est bouleversée quand il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871. Leur vie amoureuse tumultueuse et errante en Angleterre et en Belgique débouche sur la scène violente où, à Bruxelles, Verlaine, d’un coup de revolver, blesse au poignet celui qu’il appelle son « époux infernal ». Jugé et condamné, il passe deux années en prison, renouant avec le catholicisme de son enfance et écrivant des poèmes qui prendront place dans ses recueils suivants : Sagesse (1880), Jadis et Naguère (1884) et Parallèlement (1889). Usé par l’alcool et la maladie, Verlaine meurt à 51 ans, le 8 janvier 1896, d’une pneumonie aiguë.

Le lundi, c’est poésie : Mignonne, allons voir si la rose de Pierre de Ronsard

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard, Les Odes

Pierre de Ronsard, né en septembre 1524 au château de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois, et mort le 27 décembre 1585 au Prieuré Saint-Cosme de Tours , est un des poètes français les plus importants du XVI siècle. « Prince des poètes et poète des princes »

Aube de Cécile Périn

Aube

Un invisible oiseau dans l’air pur a chanté.
Le ciel d’aube est d’un bleu suave et velouté.

Écoute ! un autre nid s’éveille, un autre nid,
Et c’est un pépiement éperdu qui jaillit.

C’est le premier oiseau qui s’éveille et qui chante.
Écoute ! les jardins sont frémissants d’attente.

Qui chanta le premier ? Nul ne sait. C’est l’aurore.
Comme un abricot mûr le ciel pâli se dore.

Qui chanta le premier ? Qu’importe ! On a chanté.
Et c’est un beau matin de l’immortel été.

Cécile Périn

A propos de l’auteur ;

Cécile-Élisa Martin est née à Reims le 29 janvier 1877. Elle épouse George Périn, qui est aussi poète ; ils ont une fille, Yvonne. Le couple fréquente l’Abbaye de Créteil, une association communautaire d’artistes. Cécile Périn est membre des Poètes du Divan (revue de littérature et d’art) et collabore aussi au Beffroi. (source Wikipédia)

Offrande de Esther Granek

Offrande

Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.
Y dansera le ciel

Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré


Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.
Et te les offrirai.

Esther Granek

A propos de l’auteur :

La poétesse belgo-israélienne Esther Granek naît le 7 avril 1927 à Bruxelles. N’ayant pas pu étudier du fait des lois anti-juives durant l’Occupation, elle est autodidacte. En 1940 sa famille fuit la Belgique et s’installe à Bagnères-de-Luchon en France, mais très rapidement ils sont tous déportés dans un camp de concentration à Brens dans le Tarn. En 1941, ils réussissent à s’échapper, juste quelques jours avant l’extermination de tous les prisonniers de ce camp. De retour à Bruxelles, elle reste cachée d’abord chez son oncle et sa tante, ensuite, de 1943 jusqu’à la fin de l’occupation nazie, chez une famille chrétienne qui, avec de faux papiers, la fait passer pour sa fille.

Survivante de la Shoah, elle va vivre en Israël en 1956 où elle travaille pendant 35 ans comme secrétaire comptable à l’ambassade de Belgique à Tel Aviv. En 1981 la médaille civique de première classe lui est décernée en récompense de la qualité de son travail.

Elle meurt à Tel Aviv le 9 mai 2016.

Les papillons de Gérard de Nerval

Les papillons


De toutes les belles choses

Qui vous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux ?
– Moi, les roses;
– Moi, l’aspect d’un beau pré vert;
– Moi, la moisson blondissante,

Chevelure des sillons;
– Moi, le rossignol qui chante;
– Et moi, les beaux papillons.
Le papillon, fleur sans tige
Qui voltige,


Que l’on cueille en un réseau;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau

Gérard de Nerval

A propos de l’auteur

Gérard de Nerval naît le 22 mai 1808, sous le nom de Gérard Labrunie. Son père, médecin militaire dans l’armée du Rhin, n’est que peu présent. Le jeune Gérard grandit donc aux côtés de sa mère jusqu’en 1810, année durant laquelle elle meurt. C’est son grand-oncle maternel qui l’élève alors, jusqu’au retour de son père, en 1814. C’est dans le Valois, lieu qui va plus tard inspirer particulièrement ses œuvres, qu’il passe son enfance. Sur les bancs du collège, il fait la connaissance de Théophile Gautier. C’est là qu’il commence à écrire ses premiers poèmes. Après ses études parisiennes, il s’adonne à l’écriture et, attiré par l’Allemagne, réalise une traduction réussie du Faust de Goethe en 1828. À partir de 1830, Gérard fait alors partie du cénacle de Victor Hugo, où il côtoie les autres grands romantiques dont Alfred de Vigny, Charles Nodier et Honoré de Balzac.

Là-haut vers les étoiles de Sandrine Davin

Je suis plantée, là, derrière la fenêtre.
Je suis là, seule.
Le silence frappe violemment le mur.
Tellement fort que je l’entends cogner à mes oreilles sourdes.
La pièce est sombre et exiguë.
Le souffle est court.
En regardant par la fenêtre la lune est ronde.


Enfin je crois.
Elle est un peu loin quand même.
Le balai des étoiles a commencé.
En voilà une, puis deux, trois … Une dizaine et bien plus encore.
Le contour du ciel n’a pas de limite. Je cherche un point de chute mais il n’y en pas.

c



Par-delà tout ça, je l’aperçois.
Grand-père, tu es là.
Ton visage vieilli est redevenu enfant.
Plus de ride juste un sourire au creux des lèvres.

Tout n’est peut-être qu’illusion
Dans le brouillard de mon être.

Sandrine Davin

Sandrine DAVIN est née le 15 décembre 1975 à Grenoble (France) où elle réside toujours. Elle est auteure de poésie contemporaine inspirée des tankas, elle a édité 12 recueils de poésie dont le dernier s’intitule « Rouillure » chez TheBookEdition. Ses ouvrages sont étudiés par des classes de l’enseignement primaire et au collège où Sandrine intervient auprès de ces élèves. Elle a ce goût de faire partager la poésie au jeune public et de donner l’envie d’écrire…(source Poetica )

Le lundi, c’est poésie

L’Été

Il brille, le sauvage Été,

La poitrine pleine de roses.

Il brûle tout, hommes et choses,

Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté

Sur les jeunes lèvres décloses

Il brille, le sauvage Été,

La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité

Dans des splendeurs d’apothéoses

Sur les horizons grandioses ;

Fauve dans la blanche clarté,

Il brille, le sauvage Été.

Théodore de Banville (1823-1891)
Les cariatides

Théodore de Banville nait le 14 mars 1823 à Moulins dans l’Allier. Il est fils d’un lieutenant de vaisseau. Il fait ses études à Paris au Lycée Condorcet. Très jeune il se passionne pour la poésie et à 19 ans il publie son premier recueil de vers, Les Cariatides. Ce recueil est accueilli très favorablement.

A Paris il fréquente les milieux littéraires les plus anticonformistes. Il est ami de Victor Hugo, de Charles Baudelaire et de Théophile Gauthier qui le poussent à se consacrer à la poésie. Il devient une figure importante et influente du monde littéraire.

Considéré de son vivant comme l’un des plus éminents poètes de son époque, il est aussi critique dramatique et chroniqueur littéraire. Il publie des articles sur des journaux comme le Pouvoir et le National. C’est lui qui découvre le talent naissant du jeune Arthur Rimbaud.

En 1857, la publication des poèmes satiriques réunis dans Odes funambulesques consacre sa gloire. En 1872 il publie le Petit Traité de poésie française. Dans cet ouvrage il s’oppose à la nouvelle poésie réaliste et au larmoiement du romantisme, en s’attachant au culte de la beauté et à la recherche de la pureté formelle.

Sa production littéraire est importante et variée. Il écrit aussi des pièces de théâtre, des récits de voyages, des portraits littéraires, des nouvelles et des contes. ( source Poetica)

Le Mois Anglais, Wild strawberries de Helen Dunmore

Wild strawberries

What I get I bring home to you:
a dark handful, sweet-edged,
dissolving in one mouthful.

I bother to bring them for you
though they’re so quickly over,
pulpless, sliding to juice

a grainy rub on the tongue 
and the taste’s gone. If you remember
we were in the woods at wild strawberry time

and I was making a basket of dockleaves
to hold what you’d picked, 
but the cold leaves unplaited themselves

and slid apart, and again unplaited themselves
until I gave up and ate wil strawberries
out of your hands for sweetness.

I lipped at your palm –
the little salt edge there,
the tang of money you’d handled.

As we stayed in the wood, hidden,
we heard the sound system below us
calling the winners at Chepstow,
faint as the breeze turned.

The sun came out on us, the shade blotches
went hazel : we heard names
bubble like stock-doves over the woods

as jockeys in stained silks gentled
those sweat-dark, shuddering horses
down to the walk

from Out of the Blue, New & Selected Poems (Bloodaxe Books, 2001), © Helen Dunmore 2001

Helen Dunmore, née le 12 décembre 1952 à Beverley (Royaume-Uni) et morte le 5 juin 2017 à Bristol (Royaume-Uni), est une écrivaine britannique.