Le pot de terre et le pot de fer de Jean de La Fontaine

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n’en reviendrait morceau.
Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai.
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils treuvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu’avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces Pots

Jean de La Fontaine

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Février de Isabelle Callis-Sabot

Voici que Février revient, plein de promesses,
Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;
Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement.

Le printemps apparaît, le rude hiver s’achève ;
Par les champs, par les prés, dévalent les ruisseaux,
Le vieil arbre bourgeonne et se gorge de sève,
Bientôt, dans sa ramée, nicheront les moineaux.

Un soleil radieux inonde la colline,
Au jardin tout prend vie, tout cherche à émouvoir,
Et je sens, sous mes pas, tandis que je chemine,
La terre qui frémit et palpite d’espoir.

Isabelle Callis-Sabot

Le flocon de Louis Delorme

Venant de Norvège
Un flocon de neige
Qui volait au vent
S’en allait rêvant.
Voyant une fille
D’allure gentille
Par le Nord giflée
Bien emmitouflée
D’un bonnet de laine
Il se dit : « Ma veine !
De la bonne aubaine
Si je profitais pour me camoufler
Et me réchauffer.
J’attendrai demain
Pour continuer tout ce long chemin. »
Il n’eut pas de peine
A mettre le nez
Dessous le bonnet
Mais sa longue route
Soudain s’arrêta :
Un frêle goutte
Fut le résultat.
Ceux qui se figurent
Pouvoir ignorer
Tout de leur nature
N’ont plus qu’à pleurer.

Louis Delorme15

Louis Delorme est un peintre et poète contemporain, auteur de nombreux recueils de poésie
qu’il a lui-même illustrées. Il écrit également des romans et des pièces de théâtre.

Beau soir d’hiver de Jules Breton

La neige – le pays en est tout recouvert –
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, à l’horizon désert,
Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,
Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

A l’Occident s’endort le radieux soleil,
Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille à son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.

Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.
L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.

Jules Breton, 1883, Les champs et la mer

La peinture  » Paysage d’hiver  » a été crée par Miriam Peters Rouyers

Douce nuit de Tino Rossi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Douce nuit, blanche nuit,
C’est Noël aujourd’hui
Et pendant que tes clochers joyeux
Carillonnent à la voûte des cieux,
Sous le toit des chaumières
On a le cœur bien heureux.

C’est si joli un sapin vert
Qui sourit les bras couverts
De lumières et de cheveux d’argent,
Près du feu qui s’éteint doucement,
Il apporta tant de joies, Lui,
Le soir où il descendit.

Douce nuit, blanche nuit,
C’est Noël aujourd’hui,
Lui, dans le froid et le vent,
Attendu depuis la nuit des temps,
Pour nous donner en rêve
Un peu de son paradis.
À Noël.

Tino Rossi

 

 JOYEUX NOEL

 

 

 

 

 

La danse de nuit de Marceline Desbordes-Valmore

 La danse de nuit

Ah, la danse ! La danse
Qui fait battre le cœur,
C’est la vie en cadence
Enlacée au bonheur.

Accourez, le temps vole,
Saluez s’il-vous-plaît,
L’orchestre a la parole
Et le bal est complet.

Sous la lune étoilée
Quand brunissent les bois
Chaque fête étoilée
Jette lumières et voix.

Les fleurs plus embaumées
Rêvent qu’il fait soleil
Et nous, plus animées
Nous n’avons pas sommeil.

Flammes et musique en tête
Enfants ouvrez les yeux
Et frappez à la fête
Vos petits pieds joyeux.

Ne renvoyez personne !
Tout passant dansera
Et bouquets ou couronne
Tout danseur choisira.

Sous la nuit et ses voiles
Que nous illuminons
Comme un cercle d’étoiles,
Tournons en chœur, tournons.

Ah, la danse ! La danse
Qui fait battre le coeur,
C’est la vie en cadence
Enlacée au bonheur.

Marceline Desbordes Valmore

(1786-1859)