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J’aime ces doux oiseaux de Jules Verne

legeroiseauxJ’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air
Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair,
Qui s’envolent ensemble !
J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin,
Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
Qui d’enivrement tremble !

J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
Qui s’éveillent dans l’âme !
J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas,
Qui me presse la main, et me donne tout bas
Pour les maux un dictame !

J’aime du triste saule, au soir muet du jour,
La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour,
Qui se penche et qui pense !
J’aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
Tomber en souriant cette amoureuse fleur
Qu’on nomme l’espérance !

J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
Une triste harmonie !
J’aime seule écouter le langage des cieux
Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux
De soleil et de vie.

J’aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
M’asseoir toute pensive !
J’aime à suivre parfois en des rêves dorés
Mon âme qui va perdre en des flots azurés
Sa pensée inactive !

J’aime l’effort secret du coeur, qui doucement
S’agite, la pensée au doux tressaillement,
Que l’on sent en soi-même !
Mieux que l’arbre, l’oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
Le saule tout en pleurs, l’espérance des Cieux…
J’aime celui qui m’aime.

Jules Verne

Le tableau est de Fernand Léger.

 

Le rêve de la lune de Marie Botturi

Le rêve de la lune

 

Si la lune brille

Quand tu dors ,

C’est pour planter

Des milliers de soleils pour demain.

Si tout devient silence

Quand tu dors ,

C’est pour préparer

Le chant des milliers d’oiseaux

Et dorer les ailes des libellules.

Si la lune tombe dans tes bras

Quand tu dors ,

C’est pour rêver avec toi

Des milliers d’étoiles.

 

Marie Botturi

Marie Botturi est française, a travaillé dans le journalisme, la formation, puis, après avoir enseigné les techniques de vente, est devenue professeur. Elle a écrit nombreux poèmes publiés en revues (Froissart, Friches, Arpa, Vivre en Poésie, Nouveaux Cahiers de l’Adour…). Elle donne des conférences et anime des soirées poétiques et musicales à Paris. (source Babelio).

Mignonne, allons voir si la rose de Pierre Ronsard

Monet

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard.

Alive de F.G.Martin

 ©C.

it’s
less
cold
outside
Winter
swallows
its pride
a bird sings
the Light
springs
Fear
dies
Hope
doesn’t
worlds coincide
when colors collide
we are secure
Love

is

alive

F.G.M.

Sur le sable de Harmonie Dodé Byll Catarya

 

Sur le sable, les feuilles de cocotiers
Sont tombées ; je les observe, couchée
Sur une natte façonnée à ma manière
Mes pores vibrent de cet air
Doux et frais ; le temps est magnifique
L’inspiration se frôle à ce bruit
Paradoxe effectif dans un univers mirifique
C’est le soleil qui, délicieusement luit
Sur ces flots bleuâtres teintés de blanc
Les yeux se régalent sous les élans
De la beauté du paysage.
Les ondes marines me parviennent
Elles me portent un message
Elles me percent l’ouïe ; Alors, viennent
Ces mots marquant mon passage
Et inoculant de l’encre à d’innocentes pages.
C’est le mystère de l’écrivain
Partout, sa plume s’agite
L’univers lui, crépite
A sa guise, ses devoirs de devin
Il est un esclave de la nature
Qui chante sans cesse ses aventures.

Harmonie D. BYLL CATARYA (2016)

Harmonie Dodé Byll Catarya est née en 1991. Très jeune diplômée d’un Master en Comptabilité, Contrôle et Audit, elle est également une passionnée des bonnes lettres. Après sa nomination en tant que Championne du Bénin Slam 2013, elle s’engage dans l’écriture et le slam puis se révèle au grand public comme étant la première femme active dans le milieu du slam béninois. Auteure de deux livres : Prépa-Soutenance (Guide méthodologique de rédaction de documents scientifiques) et du recueil de poésie-slam Art-Mots-Nid, Coup d’éclat, Harmonie a aussi participé à la première anthologie de poésie féminine au Bénin et est souvent sollicitée pour des festivals de slam aussi bien sur le plan national qu’international.

Le Printemps des Poètes vous invite à découvrir la poésie africaine francophone

Nous dormirons ensemble de Louis Aragon

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble

C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Louis Aragon

 

Chevaux de bois de Paul Verlaine

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.

Le gros soldat, la plus grosse bonne
Sont sur vos dos comme dans leur chambre,
Car en ce jour au bois de la Cambre
Les maîtres sont tous deux en personne.

Tournez, tournez, chevaux de leur coeur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois
Clignote l’oeil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur.

C’est ravissant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque bête :
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.

Tournez, tournez sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds,
Tournez, tournez, sans espoir de foin

Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que la nuit qui tombe
Va réunir pigeon et colombe
Loin de la foire et loin de madame.

Tournez, tournez ! le ciel en velours
D’astres en or se vête lentement.
Voici partir l’amante et l’amant.
Tournez au son joyeux des tambours !

Paul Verlaine, Romances sans paroles