La Rochelle de G.Artal

Récurrence en ce mai à revoir La Rochelle
Au soir illuminant sa façade atlantique
Sur mon séant songeant à Rupella la belle
D’une image historiée au cadre romantique

Je l’a fait gloire et or dans ses tours destinées
J’en prise les détours, les espaces verdoyants
Fruits des rêves d’attente et visions exhortées
Je fixe la beauté de ces pôles attrayants

Les pas sous les arcades, la ville bien inspirée
Aux heures des pressés bravant le temps perdu
Longue étape de vie que souffle passionnée
La vieille horloge ornée d’un historique vécu

Elle ne fanit jamais ni même se flétrit
Ses pans épanouis d’une pierre qui dure
Aux senteurs des marées, l’onde qui la nourrit
Que je veux glorifier par l’ode la plus pure

Raconte le conteur le choix de mes avis
Ces hauts lieux d’attention qui ne sauraient tarir
Les temps forts et ceux beaux d’un agrément exquis
La ville Charentaise au suprême avenir

Copyright ; Photos Livres d’un jour.

Le Lundi, c’est poésie !

AMPHIBIA, la reinette
A-t-on vu une grenouille
Qui a peur de l’eau ?
Des cuisses couleur citrouille
Agrippées à un poteau ?
A-t-on vu une reinette
Fuyant les gouttelettes ?
Cette précieuse coquette
N’est pas coiffée de frisettes !
Sous un grand parapluie
D’une jolie couleur fleurie,
À l’abri de la pluie
La voilà qui sourit …
Amphibia que fais-tu
Perchée sous un tutu ?
Ce sont ces gouttes d’eau
Qui t’ont fait grimper si haut ?
Sous un grand parasol
Amphibia, loin du sol,
Rêvait d’un chapeau tournesol ….
Avouez … c’est pas de bol ! …


15 Août 2017 – Jeannine Castel

source : Les poèmes de Chatnine

Le violon de Colette Guinard

LE VIOLON

Toi mon instrument à cordes
Tu es pour moi le plus harmonieux
Langoureuse est ta mélodie
Qui rend les êtres amoureux.

Tes sanglots, complainte d’une passion
Entraînent mon âme à l’unisson
Ton archet caresse sur tes cordes
Tes merveilleux sons et ses accords.

Où s’envolent tes notes de musique
Dans ta caisse de résonance, si magique
Telles ruissellent les larmes de mon cœur
Je pleure sur la fin de mon amour.

Alors que je voulais l’aimer pour toujours
Vibre encore le fleuve de mon bonheur
Grace à tes accords et tes sons
Tu es pour moi ce joli violon
Qui restera le plus beau de tous les altos.

Texte de Colette Guinard

Tedi Papavrami , violoniste et écrivain.

Les femmes sont sur la terre…

Les femmes sont sur la terre
Pour tout idéaliser ;
L’univers est un mystère
Que commente leur baiser.

C’est l’amour qui, pour ceinture,
A l’onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N’est, au fond, que l’ornement.

Tout ce qui brille, offre à l’âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n’avait fait la femme,
Il n’aurait pas fait la fleur.

A quoi bon vos étincelles,
Bleus saphirs, sans les yeux doux ?
Les diamants, sans les belles,
Ne sont plus que des cailloux ;

Et, dans les charmilles vertes,
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout.

Tout objet qui charme ou rêve
Tient des femmes sa clarté ;
La perle blanche, sans Eve,
Sans toi, ma fière beauté,

Ressemblant, tout enlaidie,
A mon amour qui te fuit,
N’est plus que la maladie
D’une bête dans la nuit.

Victor Hugo

Hommage à Diane, qui est partie trop tôt, comme Goran.

La Liberté de Jacques Prévert


La Liberté,
Ce n’est pas partir, c’est revenir,
Et agir,
Ce n’est pas prendre, c’est comprendre,
Et apprendre,
Ce n’est pas savoir, c’est vouloir,
Et pouvoir,
Ce n’est pas gagner, c’est payer,
Et donner,
Ce n’est pas trahir, c’est réunir,
Et accueillir.
La Liberté,
Ce n’est pas s’incliner, c’est refuser,
Et remercier,
Ce n’est pas un cadeau, c’est un flambeau,
Et un fardeau,
Ce n’est pas la faiblesse, c’est la sagesse,
Et la noblesse,
Ce n’est pas un avoir, c’est un devoir,
Et un espoir,
Ce n’est pas discourir, c’est obtenir,
Et maintenir.
Ce n’est pas facile,
C’est si fragile,
La Liberté,

Ô lumineux matin de Anna de Noailles

Ô lumineux matin, jeunesse des journées,
Matin d’or, bourdonnant et vif comme un frelon,
Qui piques chaudement la nature, étonnée
De te revoir après un temps de nuit si long.

Matin, fête de l’herbe et des bonnes rosées,
Rire du vent agile, œil du jour curieux,
Qui regardes les fleurs, par la nuit reposées
Dans les buissons luisants s’ouvrir comme des yeux.

Heure de bel espoir qui s’ébat dans l’air vierge
Emmêlant les vapeurs, les souffles, les rayons
Où les coteaux herbeux, d’où l’aube blanche émerge,
Sous les trèfles touffus font chanter leurs grillons.

Belle heure, où tout mouillé d’avoir bu l’eau vivante,
Le frissonnant soleil que la mer a baigné
Éveille brusquement dans les branches mouvantes
Le piaillement joyeux des oiseaux matiniers,

Instant salubre et clair, ô fraîche renaissance,
Gai divertissement des guêpes sur le thym,
— Tu écartes la mort, les ombres, le silence,
L’orage, la fatigue et la peur, cher matin…

Anna de Noailles, Le Cœur innombrable, 1901

La coccinelle de Victor Hugo

La Coccinelle

Elle me dit : « Quelque chose
Me tourmente. » Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû, — mais, sage ou fou,
À seize ans, on est farouche, —
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là ;
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

« Fils, apprends comme on me nomme, »
Dit l’insecte du ciel bleu,
« Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme. »

Paris, mai 1830.

Victor Hugo, Les Contemplations (I), 1856

La rose-thé de Théophile Gautier

La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche
Qu’aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d’ardeur.

Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique
Noircit les fronts bruns de soleil,
De ses soeurs elle rend rustique
Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s’en joue,
A quelque bal, pour son parfum,
La rapproche de votre joue,
Son frais éclat devient commun.

Il n’est pas de rose assez tendre
Sur la palette du printemps,
Madame, pour oser prétendre
Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,
Et le sang pur d’un noble cœur
Qui sur la jeunesse s’étale,
De tous les roses est vainqueur !

Théophile Gautier – 1811 – 1872

Bel aubépin fleurissant de Pierre de Ronsard

Image par Thomas B. de Pixabay

Bel aubépin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,

Tu es vêtu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambruche sauvage.

Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche.
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.

Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cime il fait son nid
Tout uni
De mousse et de fine soie,
Où ses petits écloront,
Qui seront
De mes mains la douce proie.

Or vis gentil aubépin,
Vis sans fin,
Vis sans que jamais tonnerre,
Ou la cognée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.

Pierre de Ronsard

Odes IV 

Poésie extraite du livre:

Mai de Guillaume Apollinaire

Joyeux mois de mai à tous !!

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains ?

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

Joyeux mois de mai à tous !!