Le Lundi, c’est poésie ! Avent de Paul Verlaine

« Dans les Avents », comme l’on dit
Chez mes pays qui sont rustiques
Et qui patoisent un petit
Entre autres usages antiques,



« Dans les Avents les côs chantont »,
Toute la nuit, grâce à la lune
« Clartive » alors, et dont le front
S’argente et cuivre dès la brune

Jusqu’à l’aube en peu d’ombre, et ces
Chante-clair, clair comme un beau rêve,
Proclament jusques à l’excès
Le soleil… qui plus tard se lève,

Trop tard pour ceux qui sont reclus
Au poulailler, — tout comme une âme
Ne tendant que vers les élus,
Dans le péché, prison infâme, —

Et comme une âme les bons coqs,
Vigilants, tels au temps de Pierre,
Souffrent, mais, en dépit des chocs
D’ombre, chantent, et l’âme espère.

Paul Verlaine

le Lundi, c’est poésie ! L’inconnu de Marie-Claire Bancquart

L‘inconnu

Je marche dans la solitude des livres :

mon cœur gèle

avec ces mémoires gelées.

Le vent tape au volet.

Novembre.

Il a fallu toute une vie pour que suscite une attente essentielle.

Au-delà du jardin

au-delà du temps devant nous

il y a les bogues tombées de châtaignes

le feu des feuilles dans la brume

les fenêtres violettes.

Exactement novembre.

Toute chose à sa place.

Cependant l’inconnu est proche comme un oiseau inquiet.

Marie-Claire Bancquart

L’un des thèmes majeurs de la poésie de Marie-Claire Bancquart ( née en 1932 ) est la fragilité de l’existence. Elle est l’auteur de très nombreux recueils, auxquels elle a su d’ailleurs donner de beaux titres, comme Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, La paix saignée, Violente vie ou encore Rituel d’emportement, Mémoire d’abolie, Opportunité des oiseaux, Dans le feuilletage de la terre…(( source – Littérature portes ouvertes)

Image par Nico Franz de Pixabay

Le Lundi, c’est poésie : J’allais par des chemins perfides de Paul Verlaine

J’allais par des chemins perfides,
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.

Si pâle à l’horizon lointain
Luisait un faible espoir d’aurore ;
Votre regard fut le matin.

Nul bruit, sinon son pas sonore,
N’encourageait le voyageur.
Votre voix me dit :  » Marche encore ! « 

Nous a réunis dans la joie.

Mon cœur craintif, mon sombre cœur
Pleurait, seul, sur la triste voie ;
L’amour, délicieux vainqueur,

Paul Verlaine – 1844-1896

Le Lundi, c’est poésie ! Sonnets pour Hélène de Pierre de Ronsard

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle !

Lors, vous n’aurez servante oyant1 telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

Pierre de Ronsard – 1578

Le lundi, c’est poésie: Chanson de Pierre de Ronsard

Le printemps n’a point tant de fleurs,
L’autonne tant de raisins meurs,
L’esté tant de chaleurs halées,
L’hyver tant de froides gelées,
Ny la mer a tant de poissons,
Ny la Beauce tant de moissons,
Ny la Bretaigne tant d’arenes,
Ny l’Auvergne tant de fonteines,
Ny la nuict tant de clairs flambeaux,
Ny les forests tant de rameaux,
Que je porte au coeur, ma maistresse,
Pour vous de peine et de tristesse.

Pierre de Ronsard

Le Lundi, c’est poésie : Le poème japonais de Stephen Moysan

Soir d’automne –
Il est un bonheur aussi
Dans la solitude.

De temps en temps
Les nuages nous reposent
De tant regarder la lune.

Rien qui m’appartienne
Sinon la paix du cœur
Et la fraîcheur de l’air.

Buson – Basho – Issa

Le lundi, c’est poésie !

Automne

Vois ce fruit, chaque jour plus tiède et plus vermeil,
Se gonfler doucement aux regards du soleil !
Sa sève, à chaque instant plus riche et plus féconde,
L’emplit, on le dirait, de volupté profonde.

Sous les feux d’un soleil invisible et puissant,
Notre coeur est semblable à ce fruit mûrissant.
De sucs plus abondants chaque jour il enivre,
Et, maintenant mûri, il est heureux de vivre.

L’automne vient : le fruit se vide et va tomber,
Mais sa gaine est vivante et demande à germer.
L’âge arrive, le cœur se referme en silence,
Mais, pour l’été promis, il garde sa semence.

Ondine Valmore

La Rochelle de G.Artal

Récurrence en ce mai à revoir La Rochelle
Au soir illuminant sa façade atlantique
Sur mon séant songeant à Rupella la belle
D’une image historiée au cadre romantique

Je l’a fait gloire et or dans ses tours destinées
J’en prise les détours, les espaces verdoyants
Fruits des rêves d’attente et visions exhortées
Je fixe la beauté de ces pôles attrayants

Les pas sous les arcades, la ville bien inspirée
Aux heures des pressés bravant le temps perdu
Longue étape de vie que souffle passionnée
La vieille horloge ornée d’un historique vécu

Elle ne fanit jamais ni même se flétrit
Ses pans épanouis d’une pierre qui dure
Aux senteurs des marées, l’onde qui la nourrit
Que je veux glorifier par l’ode la plus pure

Raconte le conteur le choix de mes avis
Ces hauts lieux d’attention qui ne sauraient tarir
Les temps forts et ceux beaux d’un agrément exquis
La ville Charentaise au suprême avenir

Copyright ; Photos Livres d’un jour.

Le Lundi, c’est poésie !

AMPHIBIA, la reinette
A-t-on vu une grenouille
Qui a peur de l’eau ?
Des cuisses couleur citrouille
Agrippées à un poteau ?
A-t-on vu une reinette
Fuyant les gouttelettes ?
Cette précieuse coquette
N’est pas coiffée de frisettes !
Sous un grand parapluie
D’une jolie couleur fleurie,
À l’abri de la pluie
La voilà qui sourit …
Amphibia que fais-tu
Perchée sous un tutu ?
Ce sont ces gouttes d’eau
Qui t’ont fait grimper si haut ?
Sous un grand parasol
Amphibia, loin du sol,
Rêvait d’un chapeau tournesol ….
Avouez … c’est pas de bol ! …


15 Août 2017 – Jeannine Castel

source : Les poèmes de Chatnine

Le violon de Colette Guinard

LE VIOLON

Toi mon instrument à cordes
Tu es pour moi le plus harmonieux
Langoureuse est ta mélodie
Qui rend les êtres amoureux.

Tes sanglots, complainte d’une passion
Entraînent mon âme à l’unisson
Ton archet caresse sur tes cordes
Tes merveilleux sons et ses accords.

Où s’envolent tes notes de musique
Dans ta caisse de résonance, si magique
Telles ruissellent les larmes de mon cœur
Je pleure sur la fin de mon amour.

Alors que je voulais l’aimer pour toujours
Vibre encore le fleuve de mon bonheur
Grace à tes accords et tes sons
Tu es pour moi ce joli violon
Qui restera le plus beau de tous les altos.

Texte de Colette Guinard

Tedi Papavrami , violoniste et écrivain.