Bel aubépin fleurissant de Pierre de Ronsard

Image par Thomas B. de Pixabay

Bel aubépin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,

Tu es vêtu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambruche sauvage.

Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche.
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.

Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alléger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.

Sur ta cime il fait son nid
Tout uni
De mousse et de fine soie,
Où ses petits écloront,
Qui seront
De mes mains la douce proie.

Or vis gentil aubépin,
Vis sans fin,
Vis sans que jamais tonnerre,
Ou la cognée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.

Pierre de Ronsard

Odes IV 

Poésie extraite du livre:

Mai de Guillaume Apollinaire

Joyeux mois de mai à tous !!

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains ?

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

Joyeux mois de mai à tous !!

A une tulipe de François Coppée

À une tulipe.

Ô rare fleur, ô fleur de luxe et de décor,
Sur ta tige toujours dressée et triomphante,
Le Velasquez eût mis à la main d’une infante
Ton calice lamé d’argent, de pourpre et d’or.

Mais, détestant l’amour que ta splendeur enfante,
Maîtresse esclave, ainsi que la veuve d’Hector,
Sous la loupe d’un vieux, inutile trésor,
Tu t’alanguis dans une atmosphère étouffante.

Tu penses à tes sœurs des grands parcs, et tu peux
Regretter le gazon des boulingrins pompeux,
La fraîcheur du jet d’eau, l’ombrage du platane ;

Car tu n’as pour amant qu’un bourgeois de Harlem,
Et dans la serre chaude, ainsi qu’en un harem,
S’exhalent sans parfum tes ennuis de sultane

François Coppée

Cette poésie est extraite du livre Le jardin en cent poèmes, textes réunis et présentés par Isabelle Ebert-Cau

Je propose cette poésie dans le cadre du défi de lectures,  » le printemps des artistes »crée par Marie-Anne du blog   » La Bouche à Oreilles« 

La face de silence de Bernard Noël

Extrait

il n’y avait plus d’envers
où terrer une idée
ni d’ombre pour la mousse le sable avait bu le désir
qui prolongeait ce songe
et l’air ne portait plus qui fut la proue du temps
quand l’heure revenue
montra le seuil dissous
et l’aile refermée le chemin
le chemin n’était plus
que la voie du chemin sans chemin

Extrait de La Face de silence, Éditions P.O.L, 2002.

https://www.youtube.com/embed/ExrNh9_PIT0
Marina Hands de la Comédie-Française dit La Langue d’Anna de Bernard Noël (Éditions P.O.L)Palais des Papes et Cour d’honneur Un court métrage de Priscilla Telmon et Mathieu Moon SauraSur une idée de Sophie Nauleau

Né le 19 novembre 1930 à Sainte-Geneviève-sur-Argence (Aveyron).
Grand prix national de poésie en 1992. Héritier du surréalisme sans en être l’épigone, proche de Georges Bataille, il a su donner à l’érotisme une dimension à la fois épique et désespérée. Son œuvre, d’une amplitude considérable, est celle d’un poète, d’un romancier, d’un dramaturge, d’un critique d’art, mais aussi celle d’un penseur qui a pour visée essentielle de « rendre sens » et par là d’inventer un espace délivré de l’ordre marchand qui asservit autant les corps que les têtes.
Bernard Noël est mort le mardi 13 avril 2021, à une heure du matin.

Je propose cette poésie dans le cadre du défi de lectures,  » le printemps des artistes »crée par Marie-Anne du blog  » La Bouche à Oreilles« 

Au hasard des oiseaux de Jacques Prévert

J’ai appris très tard à aimer les oiseaux

je le regrette un peu

mais maintenant tout est arrangé

on s’est compris

ils ne s’occupent pas de moi

je ne m’occupe pas d’eux

je les regarde

je les laisse faire

tous les oiseaux font de leur mieux

ils donnent l’exemple

pas l’exemple comme par exemple
Monsieur
Glacis

qui s’est remarquablement courageusement conduit

pendant la guerre ou l’exemple du petit
Paul qui était si

pauvre et si beau et tellement honnête avec ça et qui est

devenu plus tard le grand
Paul si riche et si vieux si

honorable et si affreux et si avare et si charitable et si

pieux

ou par exemple cette vieille servante qui eut une vie et

une mort exemplaires jamais de discussions pas ça

l’ongle claquant sur la dent pas ça de discussion avec

monsieur ou avec madame au sujet de cette affreuse

question des salaires

non

les oiseaux donnent l’exemple

l’exemple comme il faut

exemple des oiseaux

exemple des oiseaux

exemple les plumes les ailes le vol des oiseaux

exemple le nid les voyages et les chants des oiseaux

exemple la beauté des oiseaux

exemple le cœur des oiseaux

la lumière des oiseaux.

Jacques Prévert

Le 11 avril 1977 disparaît le poète Jacques Prévert.

Image par André Rau de Pixabay

Dessins animés

Dans le cadre du défi de lectures,  » le printemps des artistes »crée par Marie-Anne du blog  » La Bouche à Oreilles« 

Reflet de choses de Maurice Carême

Reflet des choses

Je suis le reflet des choses ;

Je ris jusqu’au bout des doigts.

Je ne suis ni vert, ni rose,

Je suis vous et je suis moi.

Hé ! je me métamorphose

Parfois en petit Chinois,

Je suis le reflet des choses ;

Je ris jusqu’au bout des doigts

Oui, je ris, je ris sans cause

De tout, de vous et de moi.

Jamais je ne me repose.

Je luis partout à la fois.

Je suis le reflet des choses.

Maurice Carême


photo de Jeannine Burny
© Fondation Maurice Carême
Maurice Carême est né le 12 mai 1899, rue des Fontaines, à Wavre, dans une famille modeste. Son père, Joseph, est peintre en bâtiment ; sa mère, Henriette Art, tient une petite boutique où les gens humbles du quartier viennent faire leurs menus achats.
Maurice Carême passe à Wavre une enfance campagnarde si heureuse qu’elle sera une des sources d’inspiration de son œuvre. Il fait des études primaires et secondaires dans sa ville natale. En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance, Bertha Detry, dont il s’est épris. Elève brillant, il obtient, la même année, une bourse d’études et entre à l’Ecole normale primaire de Tirlemont. Son professeur, Julien Kuypers, l’encourage à écrire et lui révèle la poésie française du début du XXe siècle. C’est à Tirlemont également que Maurice Carême découvre les grands poètes de Flandre. Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles. Il quitte Wavre pour s’installer dans la banlieue bruxelloise. L’année suivante, il dirige une revue littéraire, Nos Jeunes, qu’il rebaptise en 1920 La Revue indépendante. Il noue alors ses premiers contacts littéraires et artistiques (avec Edmond Vandercammen en 1920 et, en 1926, avec le peintre Felix De Boeck). Il épouse en 1924 une institutrice, Andrée Gobron (Caprine), originaire de Dison.
© s. Il crée le 4 décembre 1975 la Fondation Maurice Carême, fondation d’utilité publique. Il meurt le 13 janvier 1978 à Anderlecht laissant onze œuvres inédites parmi les plus graves qu’il ait écrites. Il est enterré à Wavre dans un lieu où il a joué, enfant (Mausolée Maurice Carême). L’œuvre de Maurice Carême comprend plus de quatre-vingts recueils de poèmes, contes, romans, nouvelles, essais, traductions.

portrait par Luc De Decker
© Jacques et Armand De Decker

Dans le cadre du défi de lectures,  » le printemps des artistes »crée par Marie-Anne du blog  » La Bouche à Oreilles« 

Poésie de Ady Endre

Pierre lancée de haut

Pierre sans cesse relancée, du haut chutant sur le sol,

Mon petit pays, encore, toujours, ton fils rentre chez toi.

Il visite de tour en tour les pays lointains, 

pris de vertige, savoure le chagrin, et chute dans la poussière dont il fut.

Ne cesse de désirer le loin et il ne peut s’enfuir,

Avec ses désirs hongrois qui s’apaisent et de nouveau ;

Je suis à toi dans ma colère faramineuse,

ma grande infidélité, ma peine amoureuse, mornement magyar.

Ainsi, s’écriait Endre Ady, frère des peuples danubiens. 

Endre Ady est connu en France sous le nom de André Ady, poète hongrois né en 1877 et décédé en 1919 à Budapest.

Issu de la petite noblesse calviniste, ce jeune journaliste de province s’était rendu, en 1904, à Paris pour y retrouver Adèle Brüll, une Hongroise mariée, qu’il devait célébrer sous le nom de Léda. Il y découvrit une civilisation supérieure, les institutions républicaines, l’héritage baudelairien. Ces expériences déchirantes – auxquelles s’ajouta la révélation des atteintes irrémédiables de la syphilis – lui firent prendre conscience de son génie et lui indiquèrent une voie majeure pour l’engagement. Poèmes nouveaux (1906), choquèrent les traditionalistes par la sensualité morbide de l’amour sado-masochiste ; ils déchaînèrent la fureur des nationalistes conservateurs par le parallèle désobligeant que l’auteur s’était acharné à dresser entre Paris « ville sacrée de beaux émerveillements », et Budapest « ville-malédiction », voire la Hongrie toute entière, « cimetière des âmes ». Pour sortir de son état arriéré, le pays devait se remettre en question, se renouveler socialement, intellectuellement. « Sang et or » (1907), prépara le chemin à la revue Nyugat dont Ady, proche des radicaux en politique, devint le chef de file incontesté. Il n’en demeura pas moins aussi le poète de la fin d’un monde, au temps surtout de la Grande Guerre dont cet homme gravement malade, usé par la névrose, par l’alcool, se voulut à la fois le témoin halluciné et la victime expiatoire.

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Une poésie Tchèque avec Yvan Blatny

Les lieux

Les lieux que nous avons quittés continuent à vivre.
Le cheval file, l’enfant crie, la mère ouvre la porte
« Ce n’est pas là, ce n’est pas là, alors je ne sais pas ce
que c’est devenu. » Ils cherchent.
Ils cherchent quelque chose, s’agitent à travers le logis.
Ils cherchent les lieux que nous avons quittés, les lieux
où nous étions autrefois.
Ils courent à la gare et pensent : la maison.
La maison est restée.
Où s’en vont-ils ?
À l’enterrement de la sœur. Pour toujours. Chez le fils.
La grand-mère reste. La grand-mère, ils ne
l’emmènent pas.
Ils laissent chez eux siffler Mélusine.
L’horloge, ils ne l’emmènent pas.
L’horloge sonne dans une pièce vide.

(traduction Erika Abrams, Éditions Orphée La Différence)

Yvan Blatny était né le 21 décembre 1919 à Brno en Moravie, ville natale de Leos Janacek. Il était le fils d’un écrivain célèbre, l’auteur expressionniste Lev Blatny (1894-1930). Il fut très tôt orphelin, élevé par sa grand-mère. Dès le lycée il écrit des poèmes. Parfaitement bilingue, tchèque et allemand, il maîtrisait remarquablement le français et l’anglais. C’est dans cette langue qu’il publia plus tard quelques poèmes. Il fut vite reconnu comme poète prodige dans le sillage de Jaroslav Seifert, mais aussi de la poésie contemporaine française, surtout Apollinaire qui le fascinait. Ses études universitaires furent interrompues par la fermeture des universités en 1939. Il a commencé pour vivre de travailler dans le magasin d’optique de ses grands parents.
L’invasion nazie le contraint à la clandestinité En 1942 il rejoint le « groupe 42 », comprenant poètes, peintres, et philosophes. Comme d’autres il crût à des lendemains qui chantent à la libération de son pays. Mais la prise du pouvoir par les communistes en 1948 (coup de Prague) lui fait rapidement comprendre qu’il ne sera qu’esclave en son pays. Profitant de l’attribution d’une bourse d’études pour l’Angleterre, il choisit l’exil définitif en mars 1948. Il voulait fuir ce qu’il appelle « la terreur froide ». Il obtint l’asile politique. Sa vie en Angleterre fut tragique, crucifié entre pauvreté extrême et maladie. Souffrant de syndromes constants de persécution (schizophrénie), il sombre dans la maladie mentale.

En 1977 il est transféré à l’hôpital St. Clement’s Hospital, Bixley Ward – Warren House, à Ipswich. La rencontre avec des amis lui permet de sauver ses manuscrits qui jusqu’alors étaient détruits par les aides-soignants.
En 1979 il peut publier au Canada Anciennes Demeures (Former homes). En 1982 la BBC réalise un documentaire sur lui. Et ses livres sont toujours interdits à Prague à cette époque.

Poésie russe

L’enfant prodige

Est-il vrai que, passant la rive,

Je revois, là, notre maison,

Où, comme un étranger, j’arrive

Lourd de honte et pris d’un frisson,

J’étais parti, plein d’espérances

Tel de sa proie un pêcheur sûr

Et, rêvant de mêler aux danses,

Les propos des sages d’Assur

Et je réalisai mon rêve.

J’ai tout connu, j’ai tout appris

Délices des voluptés brèves

Art, sciences, discours, écrits.

Et j’ai dispersé l’héritage.

Vidant la coupe des poisons,

Tel un larron devenu sage,

Je gagnai le champ des moissons.

Mon âme éprouva l’apaisante

Solitude des calmes nuits

.L’herbe que la rosée argente

Fut comme un baume à ses ennuis.

Or, voici qu’à jamais fermée

Notre maison s’offre à mes yeux,

Blanche, où s’élève une fumée,

Près de la rivière aux flots bleus

Où, durant une enfance gaie,

Je présidais à mon destin,

Fortune par moi prodiguée

Vie, à ton splendide festin.

Oh ! s’il m’était encor possible,

Face à face avec l’univers

,De le regarder, impassible,

Fondu dans ses courants divers !

N. Brioussov

Poésie de Marina Tsvetaïeva

À AKHMATOVA

O muse des pleurs, la plus belle des muses !
Complice égarée de la nuit blanche où tu nais !
Tu fais passer sur la Russie ta sombre tourmente
Et ta plainte aiguë nous perce comme un trait.

Nous nous écartons en gémissant et ce Ah!
Par mille bouches te prête serment, Anna
Akhmatova ! Ton nom qui n’est qu’un long soupir
Tombe en cet immense abîme que rien ne nomme.

A fouler la terre que tu foules, à marcher
sous le même ciel, nous portons une couronne !
Et celui que tu blesses à mort dans ta course
Se couche immortel sur son lit de mort.

Ma ville résonne, les coupoles scintillent,
Un aveugle errant passe en louant le Sauveur…
Et moi je t’offre ma ville où les cloches sonnent,
Akhmatova, et je te donne aussi mon coeur.

Moscou, 19 juin 1916

Poème de Marina Tsvétaïeva traduit par Sophie Técoutoff in La Nouvelle Revue française, n° 268, avril 1975 et cité in Véronique Lossky, Marina Tsvéatéva, Seghers 1990, collection Poètes d’Aujourd’hui, p. 123.- ( Source )

La biographie de Marina Tsvetaïeva,( née à Moscou le 26 septembre 1892) tout comme ses poèmes, est pleine de souffrances et de pertes. Pendant la guerre civile, elle a dû faire face à la faim et à la misère et a même dû abandonner sa fille Irina, âgée de trois ans, dans un refuge pour enfants, où cette dernière décède. Ensuite, elle a réussi à émigrer à Prague, mais avait une forte nostalgie de la Russie et est revenue au moment de la Grande purge de Staline. Son mari a été arrêté et tué, tandis que sa fille aînée a été envoyée au goulag pendant 15 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marina Tsvetaïeva a été évacuée : elle a également souffert du manque d’argent et de nourriture – finalement, elle s’est suicidée en 1941.