Éphémérides de Esther Granek

Le temps d’un cri
C’est le temps qui commence

Le temps d’un rire
Et se passe l’enfance

Le temps d’aimer
Ce que dure l’été

Le temps d’après
Déjà time is money

Le temps trop plein
Et plus le temps de rien

Le temps d’automne
Il est là. Long d’une aune

Le temps en gris
Tout de regrets bâti

Le temps d’hiver
Faut le temps de s’y faire

Et trois p’tits tours
C’est le compte à rebours

Esther Granek, De la pensée aux mots, 1997

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Les yeux d’Elsa de Louis Aragon

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa.

Louis Aragon.

 

Es-tu brune ou blonde ? de Paul Verlaine

Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien, mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton cœur ?
Je n’en sais rien, mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton cœur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle ?
Qu’est-ce que ça fait.
Au fait ?
Puisque, toujours disposé à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

Paul Verlaine

Poète français né à Metz le 30 mars 1844, Paul Verlaine est décédé à Paris le 8 janvier 1896.

Au bord de l’eau de Sully Prudhomme

S’asseoir tous deux au bord d’un flot qui passe,
Le voir passer ;

Tous deux, s’il glisse un nuage en l’espace,
Le voir glisser ;

A l’horizon, s’il fume un toit de chaume,
Le voir fumer ;

Aux alentours, si quelque fleur embaume,
S’en embaumer ;

Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,
Tente, y goûter ;

Si quelque oiseau, dans les bois qui l’écoutent,
Chante, écouter ;

Entendre au pied du saule où l’eau murmure
L’eau murmurer ;

Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,
Le temps durer ;

Mais n’apportant de passion profonde
Qu’à s’adorer ;

Sans nul souci des querelles du monde,
Les ignorer ;

Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,
Sans se lasser,

Sentir l’amour, devant tout ce qui passe,
Ne point passer !

Sully Prudhomme

René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme : Poète français, né à Paris le 16 mars 1839 et mort à Châtenay-Malabry le 6 septembre 1907. Fils d’un commerçant, il souhaite devenir ingénieur, fait ses études au lycée Bonaparte, mais une crise d’ophtalmie le contraint à les interrompre. Après avoir travaillé au Creusot dans les usines Schneider, il se tourne vers le droit et travaille chez un notaire. L’accueil favorable réservé à ses premiers poèmes au sein de la Conférence La Bruyère, société étudiante dont il est membre, encourage ses débuts littéraires. La suite ici .

L’image provient de Pixabay.

L’été d’Anna de Noailles

Chaleur

Tout luit, tout bleuit, tout bruit,
Le jour est brûlant comme un fruit
Que le soleil fendille et cuit.

Chaque petite feuille est chaude
Et miroite dans l’air où rôde
Comme un parfum de reine-claude.

Du soleil comme de l’eau pleut
Sur tout le pays jaune et bleu
Qui grésille et oscille un peu.

Un infini plaisir de vivre
S’élance de la forêt ivre,
Des blés roses comme du cuivre.

Anna de Noailles (« L’ombre des jours » – Editions Calmann-Lévy, 1902)

Anna de Noailles (Comtesse Anna de Noailles, 1876-1933 ) est une romancière française, mais c’est surtout par sa poésie sensible et lyrique qu’elle est connue.

Far-niente de Théophile Gautier

Far-niente

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

 

Soleil d’été d’Elodie Santos

Soleil d’été
Tu viens caresser ma peau
c’est la plus douce des sensations
que je puisse sentir

Soleil d’été
Tu illumines les jours les plus beaux
et le chemin des passions
à venir

Soleil d’été
Tu te couches à l’horizon
au dessus d’une mer qui ne peut
que rougir

Soleil d’été
Tu brilles avec l’Amour
comme si l’éternité était avant
l’Avenir

Elodie Santos, 2009