Requiem pour la république de Thomas Cantaloube

«Je connais bien la question algérienne. Je connais bien la police. Je ne veux pas être désobligeant avec vous, mais il y a des choses qui vous dépassent. L’intérêt supérieur du pays nécessite souvent que l’on passe certains événements, certaines personnes, par pertes et profits.» Automne 1959. L’élimination d’un avocat algérien lié au FLN tourne au carnage. Toute sa famille est décimée. Antoine Carrega, ancien résistant corse qui a ses entrées dans le Milieu, Sirius Volkstrom, ancien collabo devenu exécuteur des basses œuvres du Préfet Papon, et Luc Blanchard, jeune flic naïf, sont à la recherche de l’assassin. Une chasse à l’homme qui va mener ces trois individus aux convictions et aux intérêts radicalement opposés à se croiser et, bien malgré eux, à joindre leurs forces dans cette traque dont les enjeux profonds les dépassent.

____________________________________________________

Thomas Cantaloube évoque ici les premières années de la cinquième république, qui furent aussi chaotiques que celles que nous vivons de nos jours. On va côtoyer des politiques, des hauts fonctionnaires, mais aussi des malfrats, mais aussi une femme et un homme honnête.

Tout débute par l’assassinat d’un avocat algérien proche du FLN, commandité par Maurice Papon, qui est le préfet de la police de Paris. Abderhamane Bentoui, avocat,  est soupçonné de fricoter avec les indépendantistes algériens. L’exécution ne se passe pas comme prévue .

Tout s’organise autour de trois personnages qui vont être à la recherche du meurtrier.

Un jeune flic, Luc Blanchard,  novice dans la profession et qui va vite découvrir les coulisses de la préfecture de police .

Antoine Carrega, le truand corse qui rend service à son compagnon de la résistance, Aimé de la Salle de Roquemaure, dont la fille vivait avec l’avocat assassiné . Elle est morte avec lui, ainsi que leurs deux enfants.

Sirius Volkstrom,qui devait tuer Carrega, après le meurtre mais surtout homme à tout faire de l’extrême droite.

Une maitrise de l’intrigue, une histoire ancrée dans la réalité de l’époque, le racisme, la violence, les manigances politiques. L’enquête est passionnante du début jusqu’à la fin.
Deux épisodes de notre passé sont relatés:

le 18 juin 1961, il y a eu l’attentat du Strasbourg-Paris,le déraillement est provoqué par une bombe placée sous le rail et qui explose au passage du train.La bombe aurait été placée par l’OAS, dans le cadre de la guerre d’Algérie.

La Nuit Oubliée – 17 octobre 1961 .Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d’Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de ce épisode majeur de la guerre d’Algérie sera occultée.
L’évocation de ces faits historiques n’est pas pesante dans le livre.

je peux dire que Requiem pour une République est un polar historique dont la trame policière est aussi intéressante que le fond politique.

Thomas Canteloupe a su mêler, pour un premier roman faits réels et fiction avec une maîtrise parfaite.

Difficile de ne pas être touchée par ce livre qui nous rappelle ce que fut cette période, qui fait partie de notre Histoire.

Thomas Cantaloube, Requiem pour une république, Gallimard, Série Noire, 2019. 541 p. – ISBN : 2072787564

 

Publicités

Dix petits frelons de Valérie Valeix

Après la disparition de son mari, gendarme d’élite et membre des forces spéciales, survenue lors d’une mission en Syrie, Audrey se rend chez Grégory Larcher, prêtre éducateur de rue et apiculteur spécialiste en gelée royale, afin d’y suivre une formation approfondie sur la précieuse substance.
Cet homme habite le célèbre village normand de Giverny où il a créé la « Ferme aux Enfants », un lieu d’accueil pour jeunes en difficulté qu’il initie à l’apiculture et à la peinture, étant voisin de la propriété où vécut le peintre Claude Monet.
À peine arrivés sur place, Audrey et son fidèle ami, Lebel, se rendent au vernissage de l’exposition « Magie d’un peintre » qui révèle au public un dessin inédit de Monet, « Collier aux Nymphéas », de 1909, et la réalisation contemporaine de ce projet de bijou par le prestigieux joaillier Chaumet.
La nuit suivante, la Fondation est cambriolée. Seuls le dessin et le collier ont disparu ; à leur place ont été déposés deux frelons secs…

______________________________________________

Giverny est bien connu pour être le berceau de Monet, où ses célèbres tableaux sont exposés, et où son jardin est très visité.

C’est ma première rencontre avec Audrey qui est  apicultrice mais aussi auxiliaire de justice.

Audrey  rejoint ce lieu  Normand pour apprendre plus sur la gelée royale auprès d’un prêtre éducateur, Grégory Larcher. Elle est accompagnée de Francis Lebel, ancien adjudant de gendarmerie à la retraite.

Lors d’une exposition dans la maison de Monet, qui célèbre les quatre-vingt dix ans de sa mort , un dessin inédit du peintre est présenté  » « Collier aux Nymphéas » qui servit de modèle pour un bijou. Le lendemain, le dessin et le collier  ont disparu. A la place se trouvent deux frelons séchés.

Ce sont ensuite des pensionnaires du Père Larcher qui disparaissent. L’enquête s’annonce difficile. Tous semblent avoir des choses à cacher. Les objets volés auront bien du mal à être revendus. Y-a-t-il des liens entre ces différentes affaires ?

Audrey va tenter de se joindre à l’enquête. Elle propose de fouiller le passé pour comprendre le présent. Résoudra -t- elle l’énigme ?

J’ai aimé suivre cette enquête, où se mêlent parfois des invraisemblances mélangées avec un peu d’ésotérisme.

Valérie Valeix propose une enquête où les mondes du  milieu de l’art, le néonazisme, le clergé et l’apiculture vont se croiser, se mélanger pour donner un roman agréable où la fin est surprenante.

Les dix petits frelons – Valérie Vaix  – Éditions du Palémon – (20/06/2019)-ISBN : 2372603140

 

Far-niente de Théophile Gautier

Far-niente

 

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile Gautier, Premières Poésies

Je sais que tu sais de Gilly MacMillan

Hanté par le meurtre de ses deux amis d’enfance survenu vingt ans plus tôt, Cody Swift, un jeune réalisateur, revient sur les lieux du crime à Bristol. Bien décidé à faire la lumière sur les zones d’ombre qui persistent, Cody interroge les habitants et diffuse ses avancées dans un podcast, réveillant au passage de vieilles blessures et des traumatismes enfouis.
Quand un corps est retrouvé à l’endroit exact où ont été abandonné ceux des enfants des années plus tôt, l’enquête prend une nouvelle tournure. Le détective John Fletcher s’empare alors de ses dossiers poussiéreux et se replonge dans l’affaire. Les meurtres sont-ils liés ?
L’horloge tourne, et d’autres vies sont en danger…

Merci à NetGalley et les Éditions Escales pour ce partenariat.

Nous sommes à Bristol où le corps d’un homme est découvert, à l’endroit même où vingt ans auparavant, les corps de Scott et Charlie, deux enfants de dix et onze ans, ont été retrouvés.

Y-a – t-il un lien entre ces deux affaires ?

Cody, ami de Scott et Charlie, aurait dû être avec ses amis. Il fut puni par sa mère, ne fut pas autorisé à sortir avec eux. Il pense que celui qui fut accusé Sidney Noice, n’est pas coupable. Le récent suicide de Sidney le pousse à « réveiller » cette affaire, qui selon lui a été vite résolue.

Cody décide de lancer une série de podcasts pour faire toute la lumière sur le drame.

Certains ne semblent pas satisfaits que des éléments réapparaissent, ni l’inspecteur en charge de l’affaire, ni la mère de Charlie au comportement étrange. Certaines versions des faits passés paraissent contradictoires.

L’auteur nous présente un thriller psychologique , au rythme lent, avec des personnages complexes et intéressants.J’étais loin d’avoir trouvée le coupable. Le dénouement est surprenant.

Gilly Macmillan

ISBN : 2365694632
Éditeur : Éditions Les Escales (29/05/2019)

Il est d’étranges soirs…de Albert Samain

Il est d’étranges soirs, où les fleurs ont une âme,

Où dans l’air énervé flotte du repentir,

Où sur la vague lente et lourde d’un soupir

Le cœur le plus secret aux lèvres vient mourir.

Il est d’étranges soirs, où les fleurs ont une âme,

Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.

Il est de clairs matins, de roses se coiffant,

Où l’âme a des gaietés d’eaux vives dans les roches,

Où le cœur est un ciel de Pâques plein de cloches,

Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.

Il est de clairs matins, de roses se coiffant,

Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.

Il est de mornes jours, où las de se connaître,

Le cœur, vieux de mille ans, s’assied sur son butin,

Où le plus cher passé semble un décor déteint

Où s’agite un minable et vague cabotin.

Il est de mornes jours las du poids de connaître,

Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.

 

Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,

Où l’âme, au bout de la spirale descendue,

Pâle et sur l’infini terrible suspendue,

Sent le vent de l’abîme, et recule éperdue !

Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,

Et, ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme un mort.

 

Samain, Albert, « Il est d’étranges soirs… », Au jardin de l’infante, Paris, Éditions de l’Art, 1936 [1893].

 

L’Or de Venise de Maria Luisa Minarelli

 

Venise, 1753. Le carnaval touche à sa fin quand sœur Maria Angelica, religieuse du couvent de Murano, est retrouvée sauvagement assassinée dans son appartement secret au cœur de la ville. Alors que Venise est en fête, Marco Pisani se lance dans l’enquête et découvre bientôt que la moniale menait une double vie. Aidé par ses amis, dont l’avocat Daniele Zen, le magistrat croit rapidement avoir identifié le coupable. Mais les crimes s’enchaînent sans lien apparent entre eux.

Je remercie les éditions Amazon publishing et Netgalley pour cette lecture.

Le Carnaval bat son plein à Venise, nous sommes en 1793. Soeur Maria Angelica, religieuse du couvent de Murano avait l’habitude de se rendre à Venise, dans un appartement. Elle est retrouvée sauvagement assassinée.

Marco Pisani débute l’enquête et découvre que la moniale menait une double vie. Il pense assez vite avoir découvert le coupable , mais d’autres meurtres vont suivre qui sembleraient n’avoir aucun lien avec le premier, sauf qu’à chaque fois, un curieux médaillon les accompagne.

Nous sommes dans Venise, dans les canaux, mais aussi dans les îles de la Lagune un plaisir de découvrir ces lieux. Cela permet au lecteur de découvrir une Venise historique où religion et loi ne font pas toujours bon ménage. Puis peu à peu le mystère s’éclaircit, et nous entrevoyons la vérité.

L’ensemble est bien rythmé, facile à lire.

Ce livre est le second tome d’une série, je n’ai pas lu le premier, cela ne m’a posé aucun problème.

L’or de Venise – Maria Luisa Minarelli -Marie-José Thériault (Traductrice)-Editeur : Thomas & Mercer (4 juin 2019) – Collection : Les mystères de Venise

__________________________________________________

 

Journaliste et écrivain, Maria Luisa Minarelli naît à Bologne où elle obtient un doctorat en Histoire. Elle collabore à des magazines tels que Storia illustrata et Historia en traitant divers sujets liés à la santé, à la beauté et au tourisme. En 1989, elle signe Donne di denari (Olivares), un essai sur les femmes et l’entrepreneuriat à travers les siècles. Puis, dans A tavola con la storia (Sansoni, 1992), elle confronte les traditions gastronomiques de plusieurs pays à différentes époques. En 2008, elle publie un thriller, La donna dal quadrifoglio.

Maria Luisa Minarelli vit à Milan avec son mari, mais elle est depuis toujours amoureuse de Venise, où elle séjourne régulièrement. Passionnée d’art et d’antiquités, férue de voyages, cette lectrice compulsive lit surtout la nuit. Elle aime vivre avec ses chats, entourée de plantes qu’elle cultive elle-même.

Tout le bleu du ciel de Melissa Da Costa

Petiteannonce.fr: Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Ce livre est une pure merveille, j’ai apprécié l’histoire. Je me suis glissée entre Emile et Joanne pour vivre leur aventure . J’ai parcouru des kilomètres. Je ne suis pas sortie indemne d’une telle lecture.

Emile est atteint d’une maladie grave , il sait qu’il a peu de temps à vivre. Il ne veut ni  d’acharnement thérapeutique, ni des larmes de ses proches. Il décide donc de partir, il avertit son meilleur ami et  passe une petite annonce et ..y aura-il quelqu’un qui voudra passer du temps avec lui ? Une jeune femme frêle, Joanne accepte. Que fuit-elle ? Quel passé a – t- elle eu ?

Ils partent en camping-car, découvrir la France, la montagne, les grands espaces. Emile et Joanne vont apprendre à se connaître. L’auteur montre que chaque jour des liens se tissent entre eux. Tout le livre est parsemé de citations, Joanne les tient de son père qui les aimait, et lui en a appris de nombreuses.

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux  » Proust.

Le quotidien n’est pas aisé, il y a des moments où tout se passe pour le mieux. Et d’autres où Emile a des absences, il ne sait plus qui il est, ni où il est. Et qui est cette personne qui l’accompagne. Joanne s’adapte à chaque situation. Joanne a l’idée d’acheter un carnet dans lequel Émile pourra se confier, raconter ce qu’il vit, laisser une trace pour lui mais aussi pour ses proches avant que la maladie ne prenne le dessus. Pour alléger ces moments difficiles, l’auteur nous livre des flashbacks dans la vie de deux protagonistes.

Ce voyage dans ces petits villages des Pyrénées, avec ces paysages grandioses est un voyage particulier. Il est aussi un voyage intérieur, qui va les amener à réfléchir sur leur passé, sur leur « moi » intérieur. Il y a toutes ces rencontres avec différentes personnes qui tiendront une place importante dans le quotidien, une bienveillance permanente.

Même si l’on espère une issue favorable pour Emile, les symptômes prennent de l’ampleur. L’inéluctable arrivera, mais avec cela un regain de joie malgré tout , c’est avant tout une ode à la vie, à l’espoir, à la vie qui continue malgré tout.

Chaque jour porte en lui , l’Éternité  » – Paulo Coelho

Mélissa Da Costa est une romancière française. Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat. Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.