Liberté de Paul Eluard

Sebastian Abbo, Liberté pour l’Ukraine, 2022. disponible dans notre Galerie d’Art

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Couleurs du monde de Gabrielle Althen

Fleur sèche et collée sur la vallée
L’allégresse à côté du pardon
Et tous deux étrangers à nos yeux
Il me semblait voir diminuer la beauté
Tel paysage est maison forte
Et le miracle est habité
Le vent respire
Un jonc écrit
Ce vieux cri mon espoir cesse enfin de s’étirer :
Un vrai carré de liberté !
Je suis là
Dieu regarde
Le papillon est jaune et l’hiver transparent
Et qu’il y faille regarder tant les êtres et les choses
Si ainsi se déplacent les monts
Sur leurs cordes de ciels verts et d’orages ordinaires

Merveille comme une larme qui s’isole
Sur une lame de l’hiver
Le beau geste de pleurer réinventé
La couleur devenue plus amère
Avec ce bleu qui se décharne
Mais comment se tenir sur le fil
Où le ciel baisera la montagne ?
Ce jour ne pleure pas
Le vent brille
La chose est sans contour
Un grand cyprès roussit
Pour que la mort ne soit pas dite absente
Mais les armures sont invisibles
Comme le jour dans le jour
Et le gibier qui court dans la musique

Gabrielle Althen

L’image provient su site Pixabay- @garageband

La solitude est verte de Louise de Vilmorin

Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.


La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

1945 – Louise de Vilmorin

Elle est née en en 1902 dans le château familial de Verrières-le-Buisson. Depuis le siècle des Lumières, la famille Lévêque de Vilmorin s’est illustrée en révolutionnant l’agriculture et l’horticulture. Acclimatation, hybridation ou création de nouvelles espèces, amélioration des rendements, les laboratoires Vilmorin-Andrieux et leur vitrine du quai de la Mégisserie à Paris fournissent le monde entier en plantes et semences.

Elle est décédée à l’age de 67 ans. elle fut romancière et poétesse, fut aussi l’une des femmes les plus élégantes du Tout-Paris……..