Envie d’évasion !!

Je vous invite à respirer le grand air de la forêt , un clic ici , et vous voilà transporté dans un autre lieu , belle découverte et bon mercredi !!

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Le soir de Rémy de Gourmont

 

 Le soir

Heure incertaine, heure charmante et triste : les roses
Ont un sourire si grave et nous disent des choses
Si tendres que nos cœurs en sont tout embaumés ;
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,
La nuit a la douceur des amours qui commencent,
L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;
Couchée dans l’herbe pure des divines prairies,
Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis,
La vie offre ses lèvres aux baisers du silence.

Heure incertaine, heure charmante et triste : des voiles
Se promènent à travers les naissantes étoiles
Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides,
Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide ;
Une lueur d’amour s’allume comme un adieu
A la croix des clochers qui semblent tout en feu
Et à la cime hautaine et frêle des peupliers :
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée
Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux.

Heure incertaine, heure charmante et triste : les heures
Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur,
Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce :
La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace,
Un frisson lent descend dans la chair de la terre,
Les arbres sont pareils à des anges en prière.
Oh ! reste, heure dernière ! Restez, fleurs de la vie !
Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis…

Heure incertaine, heure charmante et triste : les femmes
Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme ;
Le soir a la douceur des amours qui commencent.
Ô profondes amours, blanches filles de l’absence,
Aimez l’heure dont l’œil est grave et dont la main
Est pleine des parfums qu’on sentira demain ;
Aimez l’heure incertaine où la mort se promène,
Où la vie, fatiguée d’une journée humaine,
Entend chanter enfin, tout au fond du silence,
L’heure des songes légers, l’heure des indolences !

Rémy de Gourmont

Ubac de Elisa Vix

Estelle a enfin trouvé le bonheur dans cette petite station de Val Plaisir en Savoie. Elle a déniché un emploi dans une pharmacie, et rencontré l’âme sœur avec qui elle ne tarde pas à se marier. Lilas naitra peu de temps après. Jérémy et Estelle file le parfait bonheur. Estelle a quitté son emploi, et aide Jeremy au bowling. Le bonheur est parfait.

L’arrivée de Nadia, sœur jumelle de Jeremy ne va pas tarder à perturber ce cocon familial. Estelle n’avait jamais entendu parler de Nadia, ni de leurs parents. Estelle se sent mal à l’aise.

Cette Nadia ne semble pas sympathique, ni chaleureuse auprès de sa nièce. Une seule personne l’intéresse son frère.

Un huis-clos où le malaise règne. La tension monte au fur et à mesure. L’auteur maîtrise parfaitement les rouages du thriller psychologique.

L’Ubac du titre évoqué ici le versant moins ensoleillé d’une montagne alpine, ce qui fait référence à la part sombre d’un individu. C’est le cas dans cette histoire vénéneuse qui insiste sur le coté pervers et troublant de la gémellité,

J’ai aimé cette histoire courte, j’ai trouvé la fin un peu trop rapide.

Elisa Vix – Ubac

Éditeur : Editions du Rouergue (06/01/2016)
ISBN : 2812609915

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Quatrième de couverture :

Cette saison-là, les loups sont revenus dans la vallée. Et Nadia est arrivée. Nadia dont Estelle n’avait jamais entendu parler. La sœur jumelle de son mari pourtant. Après quatre années passées à New York, elle s’est installée dans le chalet de l’ubac, chez les jeunes époux. Là où ils ont fait leur nid voici quelques mois à peine, juste après leur mariage. Mais avec la présence de Nadia, quelque chose a changé. Estelle a commencé à avoir peur. Peur pour son bébé. Sa petite Lilas si fragile. Si essentielle.Avec un art consommé du suspense, Elisa Vix signe un texte glaçant dans le décor impérieux des Alpes hivernales. Le temps d’une saison de neige, tout peut basculer, dans plus d’une vie..

Ce livre participe aussi au challenge de Sharon

 

 

 

Viens, on le fait de Nicolas Carteron

Même si j’ai mis du temps à le lire, j’ai apprécié ma lecture. Merci à Anaïs de Librinova .

Ce fut une belle découverte, une écriture agréable, un échange épistolaire . Il y a dans ce livre une intrigue, de la passion, des personnages attachants. L’écriture est poésie.

Qui n’a pas rêvé de dîner avec son auteur favori ? William James a pensé, dans son dernier roman, il glisse un ticket gagnant. Quelqu’un va -t-il le trouver ? À la clé, une soirée en tête-à-tête avec lui. Anna s’évade de sa routine, partagée entre ses enfants, son mari et son travail, grâce à la lecture. Elle ne sait pas encore que ce livre-là va bouleverser sa vie.

Les chapitres sont alternés avec les deux protagonistes, d’un côté Anna et de l’autre William. Ils vont vite être confrontés à leur vie respective, des choix qui peuvent déséquilibrer leur vie.  Quelle solution vont-ils adopter la raison ou la passion ? Au milieu de tout cela, une intrigue policière se greffe, ils vont être la cible d’un tueur.

Même si j’avais découvert qui pouvait être le tueur, la fin fut surprenante. J’ai même envie de le relire pour en savourer plus les mots.

Viens, on le fait de Nicolas Carteron – ISBN : 9791026225140 – Parution ; 23/11/2018 – Editeur : Librinova

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Quatrième de couverture

Qui n’a jamais rêvé de dîner avec son écrivain préféré ?

William James, l’énigmatique romancier à succès, a pensé à tout pour satisfaire ses lecteurs.Caché dans l’un des six cent mille exemplaires de son nouveau livre, un unique ticket attend un heureux gagnant. À la clé, une soirée en tête-à-tête avec lui.

Anna s’évade de sa routine, partagée entre ses enfants, son mari et son travail, grâce à la lecture. Elle ignore que le roman qu’elle vient d’acheter s’apprête à bouleverser sa vie.

Il ne devait s’agir que d’un dîner, une rencontre furtive entre deux inconnus.
Il suffira d’un secret partagé pour tout faire basculer.

Un beau matin de Jacques Prévert

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Un beau matin

 

Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’ était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’Il était seul
Mais qu’Il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant lui.

Jacques Prévert (1900-1977)

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

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Le père Gabriel doit se rendre dans un ancien monastère, devenu asile, pour bénir le corps d’une femme décédée. Une femme est venue le prévenir que sous les habits de celle-ci, il trouvera des cahiers soigneusement dissimulés qui retracent la vie de Rose.

Rose vivait dans une famille modeste, où il n’y avait que des filles. Son père a décidé de la vendre pour subvenir aux besoins de sa famille. Il l’a cédée comme servante à un Maître forgeron châtelain , qui vit avec sa mère acariâtre. Rose pleure dans sa  petite chambre au dernier étage, seule le soir. Elle a peur de la méchanceté de ces châtelains. Rose devra alors se plier à tous leurs souhaits. Elle perdra son innocence, victime d’une violence insoutenable.

Edmond, le jeune jardinier la somme de s’enfuir. Elle ne peut pas.

Malgré tout, elle gardera une arme. Elle voulait raconter l’histoire de sa vie avant d’être oubliée. C’est une remontée dans le temps, dans l’histoire et dans l’horreur de Rose.

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient.

Dans ce récit d’une profonde noirceur, tous les points de vue des différents personnages se croisent, que ce soit celui de  Rose,  de  Gabriel, ou du  prêtre qui lit les carnets ou  celui du père  de Rose qui est pris de remords.

Une plume d’une grande sensibilité, où est décrit un destin de femme bouleversant.

Ce fut ma première rencontre avec Franck Bouysse, dont l’écriture m’a émue. Roman noir, roman social, une lecture à ne pas manquer.

Né d’aucune femme – Franck Bouysse – La Manufacture des Livres – ISBN : 2358872717 

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Quatrième de couverture ;

« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec ‘Né d’aucune femme’ la plus vibrante de ses oeuvres.
Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

 

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Printemps de Sabine Sicaud

Printemps

Et puis, c’est oublié.
Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ?
Bon soleil, te voilà
Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier.

Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau – voilà tout.

Je m’étire, j’étends mes bras au bon soleil
Pour qu’il les dore comme avant, qu’ils soient pareils
Aux premiers abricots dans les feuilles de juin.

L’herbe ondule au fil du chemin
Sous le galop du vent qui rit.
Les pâquerettes ont fleuri.

Je viens, je viens ! Mes pieds dansent tout seuls
Comme les pieds du vent rieur,
Comme ceux des moineaux sur les doigts du tilleul.

(Tant de gris au-dehors, de gris intérieur,
De pluie et de brouillard, était-ce donc hier ?)

Ne me rappelez rien. Le ciel est si léger !
Vous ne saurez jamais tout le bonheur que j’ai
A sentir la fraîcheur légère de cet air.

Un rameau vert aux dents comme le  » Passeur d’eau  » ,
J’ai sans doute ramé bien des nuits, biens des jours…
Ne me rappelez rien. C’est oublié. Je cours
Sur le rivage neuf où pointent les roseaux.

Rameau vert du Passeur ou branche qu’apporta
La colombe de l’Arche, ah ! la verte saveur
Du buisson que tondra la chèvre aux yeux rêveurs !

Etre chèvre sans corde, éblouie à ce tas
De bourgeons lumineux qui mettent un halo
Sur la campagne verte – aller droit devant soi
Dans le bruit de grelots
Du ruisseau vagabond – suivre n’importe quoi,
Sauter absurdement, pour sauter – rire au vent
Pour l’unique raison de rire… Comme Avant !

C’est l’oubli, je vous dis, l’oubli miraculeux.
Votre visage même à qui j’en ai voulu
De trop guetter le mien, je ne m’en souviens plus,
C’est un autre visage – et mes deux chats frileux,
Mon grand Dikette-chien sont d’autres compagnons
Faits pour gens bien portant, nouveaux, ressuscités.

Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l’été.

Hier n’existe plus. Qui donc parlait d’hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouverts…

Sabine Sicaud – poétesse française. 1913-1928