Poésie de l’Europe de l’Est – Hongrie

Cette poésie est présentée dans le mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

Le grand poète symboliste hongrois, Endre Ady chantre de la modernité dont il a notamment trouvé l’inspiration lors de ses séjours à Paris, dans la poésie de Baudelaire en particulier. Plusieurs volumes de lui ont paru en français, chez Seghers, à La Délirante, ou encore dans la traduction d’Armand Robin (dernière réédition en 1992, Le Temps qu’il fait). Les cinq premiers poèmes ont été mis en musique en 1916 par Bartók, dont c’est l’opus 16.

Il est un poète et journaliste hongrois né le 22 novembre 1877 à Érmindszent (renommé « Ady Endre » depuis, commune de Căuaș) et décédé le 27 janvier 1919 à Budapest. Il est le porte-drapeau du renouveau de la poésie et de la pensée sociale progressiste en Hongrie au début du XXe siècle.

Il est aussi connu en français sous le nom de André Ady.

Trois pleurs d’automne

Midis d’automne, midis d’automne,

Oh qu’il est dur

De rire après les jeunes filles.

Minuits d’automne, minuits d’automne,

Oh qu’il est dur

De mirer les astres qui brillent.

Minuits d’automne, midis d’automne,

Oh qu’il est simple

De tomber à genoux, en larmes.

Vacarme d’automne

L’avez-vous entendu déjà ?

En automne, quand la brume tournoie,

Dans la nuit quelqu’un gémit.

Quelque chose tambourine.

Quelqu’un a fait la maraude de tous les soupirs

Quelqu’un cogne sur de vieilles planches pourries,

Un homme d’autrefois.

Tant qu’il vécut jamais ne fut d’étoile aux cieux,

Et il voudrait en apercevoir une maintenant, le malheureux.

Mon lit m’appelle

Je me couche. Ô mon lit,

Ô mon lit, l’an dernier

L’an dernier, autre étais.

Autre étais : lieu des rêves

Lieu des rêves, puits de force,

Puits de force, bouge à bises,

Bouge à bises, joie de vivre,

Joie de vivre. Or, qu’es-tu ?

Or, qu’es-tu ? Un cercueil,

Un cercueil. Chaque jour,

Chaque jour plus fermé,

Plus fermé. S’affaler,

S’affaler en tremblant,

En tremblant se lever,

Se lever en tremblant,

En tremblant je me lève,

Se lever, regarder,

Regarder, ressentir,

Ressentir, réfléchir,

Réfléchir, repérer,

Repérer, se terrer,

Se terrer, épier,

Épier, s’extirper,

S’extirper, désirer,

Désirer, s’attrister,

S’attrister, décider,

Décider, déprimer,

Déprimer, avoir honte,

Avoir honte. O mon lit,

O, mon lit, mon cercueil,

Mon cercueil tu m’appelles,

Tu m’appelles. Je me couche.

Seul avec la mer

Bord de mer, couchant, hôtel exigu,

Partie, je ne la verrai jamais plus.

Partie, je ne la verrai jamais plus.

Sur le canapé : fleur qu’elle a laissée,

Je prends dans mes bras le vieux canapé,

Je prends dans mes bras le vieux canapé.

Son parfum voltige comme des baisers,

En bas la mer bruit, la mer enjouée,

En bas la mer bruit, la mer enjouée.

Au loin quelque part un phare rayonne,

Mon amour, viens, en bas la mer fredonne,

Mon amour, viens, en bas la mer fredonne.

J’écoute la mer fière fredonner

Et je rêve sur le vieux canapé,

Et je rêve sur le vieux canapé.

Elle y reposa, y fut enlacée,

Fredonne la mer, chante le passé,

Fredonne la mer, chante le passé.

Je ne puis aller chez toi

Je ne puis aller chez toi,

Est-ce le bel été, là-bas ?

Ici, c’est l’été pour tous les hâbleurs :

Moi, je meurs.

Tu ne le veux pas ?

Tu es ma sainte folie à moi

Et moi je meurs.

Des chants et des chants,

D’autres vont, brisent, sont vivants

Et moi je meurs.

O bras blancs,

Vous ne m’attendez plus peut-être.

Plus d’enlacement :

Moi, je meurs.

Tout ce qui est mien

Est gauche et chagrin : baiser, route, destin

Et moi je meurs.Traduction : Guillaume Métayer*