Rien ne t’appartient de Natacha Appanah

La première partie du roman est intitulée « Tara » . L’héroïne vient de perdre son mari, Emmanuel, il s’est éteint il y a trois mois. Eli, le fils de son mari doit passer la voir . Mais avant Tara doit remettre de l’ordre car le désordre règne partout, même dans le salon, on trouve de la vaisselle sale, des papiers, des journaux, des magazines, une plante renversée. Tara doit ranger, elle s’empare d’un balai, mais elle n’a pas la force, le courage. Tara a beaucoup maigri, elle est négligée. Tara ne va pas bien du tout.

Mais là, tout à côté d’elle, elle voit un garçon, il ne dit rien, il est assis dans le fauteuil.

Elle qui pensait avoir enterré ses souvenirs d’avant leur vie à deux, les très lointains et les tragiques, voilà qu’ils fissurent doucement l’illusoire amnésie qui devait la protéger. Ce sont des rêves dans des paysages qu’elle croit bien reconnaître, les rires d’une gamine insouciante. Des fantômes aussi. Comme celui de ce garçon dont la présence muette l’agite et mystérieusement la trouble.

La deuxième partie du roman « Vijaya »., c’est l’histoire d’une petite fille, qui fut heureuse avec ses parents. Elle s’éveillait à la vie avec eux. Mais sa vie va être brisée, par les actes violents des hommes. Ses parents sont tués. On voit la déchirure de la vie. Les enfants ne sont plus que des numéros. Ils doivent travailler. C’est l’histoire d’une orpheline , contrainte aux tâches d’adultes.

Trois ans, dix ans, mille ans, ça n’a de sens pour moi et pourtant, tous les matins, au seuil de ce dortoir, il y a le souvenir précis de ce que j’ai été, une fois. Je me demande où il se cache, ce souvenir, comment il réussit à se mettre à l’abri. Il est là, précisément, dans cette odeur et les trois années se lèvent tel un voile.

Mais ce livre est très intimiste, il ne se raconte pas. Il se déguste mot après mot. C’est l’histoire d’une identité retrouvée, puis d’un grand amour, d’une femme au parcours extrêmement violent.

J’ai passé un agréable moment de lecture.

Rien ne t’appartient – Nathacha Appanah, éditions Gallimard, Collection Blanche 159 pages, 19/08/2021

Quatrième de couverture ;

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que bientôt, je n’aurais plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
A travers le destin d’une « fille gâchée », Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité. Nathacha Appanah est l’auteure notamment de ‘Le Dernier Frère’, ‘Tropique de la violence’ et ‘Le Ciel par-dessus le toit’, traduits en plusieurs langues. ‘Rien ne t’appartient’ est son dixième livre.