S’adapter de Clara Dupont – Monot

Un jour, dans les Cévennes, un enfant est né. Il suffira de quelques mois pour s’apercevoir que cet enfant est différent. Il ne semble pas voir , il ne gazouille pas, il ne grandit pas.

Un jour, alors qu’il se reposait dans son transat, sa mère s’agenouilla. Elle tenait une orange. Doucement, elle passa le fruit devant lui. Les grands yeux noirs n’accrochaient rien. Ils regardaient autre chose. Personne n’aurait su dire quoi. Elle passa encore l’orange, plusieurs fois. Elle tenait la preuve que l’enfant voyait mal ou pas du tout.

Dans ce roman, ce sont les pierres qui racontent la vie de cette famille, elles vont être témoins du bouleversement de cette famille, où il y a le père, la mère, l’ainé, la cadette, l’enfant, la grand-mère, les cousins. Personne n’est nommé.

Chacun a son rôle défini, l’ainé s’occupe de l’enfant. Il s’investit dans ses tâches , il le change, il lui parle, lui fait découvrir la nature, les sons. Il est fusionnel avec l’enfant. La cadette fuit, elle trouve refuge auprès de sa grand-mère.

L’enfant a dû être placé dans une institution, tenue par des religieuses. Le handicap de l’enfant le condamne à une courte vie. Il disparaît vers l’âge de 10 ans. Peu de temps après, nait le dernier. Il sait que l’enfant a vécu, sa présence est là. Quelques photographies, des non-dits , l’existence du disparu a traumatisé les parents .

Jusqu’au jour où la mère dit  » Un blessé, une frondeuse, un inadapté et un sorcier. Joli travail ».

J’ai été très émue par la première partie du livre, où l’ainé s’occupe avec minutie de l’enfant. Il est presque une seconde maman. Il a été le premier à voir que son petit frère entendait, qu’il sentait les odeurs. Il l’emmènera au bord de la rivière, toujours avec beaucoup de bienveillance. Il lui montrera la nature. Son rôle de protection l’a isolé des autres, ce n’est que des années plus tard qu’il se « réconciliera  » avec sa famille.

Clara Dupont-Monot écrit avec beaucoup de délicatesse et de poésie. La beauté du texte rend un hommage à tous ces êtres de l’ombre, qu’on n’a tendance à oublier ou ne pas voir. Une pensée aussi pour toutes ces familles qui n’arrivent pas à se faire entendre malgré leur désarroi face aux épreuves qu’elles doivent subir.

Clara Dupont-Monod EAN : 9782234089549
200 pages
Stock (25/08/2021)

Prix Goncourt des lycéens 2021, Prix Femina 2021, Prix Landerneau 2021

C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées. Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.

Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires.

La naissance d’un enfant handicapé racontée par sa fratrie.

Le Lundi, c’est poésie ! Janvier de Dominique Sagne.

Janvier premier mois de l’année
Qui commence tout enrubanné
Par une nuit de liesse
Pleine de promesses.
Mois qui s’étire tranquillement
Au rythme du train-train qui reprend
Après la folie des fêtes passées.
On s’octroie le droit de traînasser,
De profiter de ses longues soirées,
De se reposer, pour mieux redémarrer.
Janvier premier mois de l’année
Qui commence tout enrubanné,
Fini souvent mouchoir en main
En attendant le lendemain
Que le vilain rhume s’efface
Pour laisser au mois de Février, sa place

Dominique Sagne.

@12019 – Pixabay