Serveur Vocal Poétique

Le Serveur Vocal Poétique de la Cie Home Théâtre est de retour depuis le samedi 20 mars avec 30 nouveaux poèmes à écouter, dont la moitié sont inédits.

Composez le 03 74 09 84 24 et laissez-vous guider ! Il faut s’y perdre et grappiller. Il y a une multiplicité de langues et de voix à rencontrer, à l’autre bout du fil. Il s’agit d’un numéro local, gratuit, situé en France, accessible 24h/24 et 7j/7.

30 poètes et poétesses ont participé à ce nouveau S.V.P. : Nadège Adam, Isabelle Alentour, Olivier Barbarant, Samantha Barendson, Rim Battal, Stéphane Bouquet, Julien Bucci, Serge Collombat, Jacques Darras, Izis dore, Ariane Dreyfus, Fabien Drouet, Jean-Marc Flahaut, Lili Frikh, Johan Grzelczyk, Marien Guillé, Jean Jehanno, Chloé Landriot, Charlène Lyonnet, Murièle Modély, Emmanuel Moses, Pauline Picot, Eric Poindron, Valérie Rouzeau, James Sacré, Maud Thiria, Milène Tournier, Véronique Laurence Viala, Laurence Vielle, Sylvie Zobda.

La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz

Je reluque la commode du coin de l’œil. J’aperçois une enveloppe au fond du tiroir rose, je reconnais l’écriture appliquée de ma grand-mère. Et s’il y en avait d’autres ? Je commence à comprendre…A nous deux maintenant, Abuela.Surprends moi. Encore.

Ce sont les mots de la petite fille de Rita lorsqu’elle hérite de cette commode aux couleurs . Ce meuble si souvent convoité, mais interdit. Chaque tiroir renferme un épisode de vie de la grand-mère. Tous les trésors d’une vie y sont rangés méticuleusement.

Rita et ses sœurs commencent leur vie française dans le camp d’Argelès où de nombreux peuples ont transité, avant de prendre des chemins différents. Puis, elles se sont retrouvées dans un immeuble délabré de Narbonne où des gitans, d’autres étrangers y séjournent. Mélanges de langues, de traditions vont s’apprivoiser peu à peu. Tout se dévoile peu à peu, les périodes tragiques comme les moments de bonheur, quand Rita rencontre l’amour de sa vie, Rafael.

Abuela est une femme de caractère, mais surtout éprise de liberté.

Ce roman traite de la question du déracinement et des moyens pour s’habituer à un nouveau pays, où la langue est le premier interlocuteur. Un livre qui fait œuvre de mémoire, mais surtout de liberté.

« Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va » avait écrit Olivia sur un carnet d’adolescence.

Olivia Ruiz nous offre une saga familiale, ensoleillée, émouvante et parsemée de quelques expressions espagnoles pour pimenter l’ensemble.

Je vais devoir surveiller les prochains écrits de cette auteur.

Olivia Ruiz évoque une musique de film, dont vous avez certainement entendu.

Olivia Ruiz EAN : 978B085DWMVXX
Éditeur JC Lattes (20/05/2020)


Poésie de Ady Endre

Pierre lancée de haut

Pierre sans cesse relancée, du haut chutant sur le sol,

Mon petit pays, encore, toujours, ton fils rentre chez toi.

Il visite de tour en tour les pays lointains, 

pris de vertige, savoure le chagrin, et chute dans la poussière dont il fut.

Ne cesse de désirer le loin et il ne peut s’enfuir,

Avec ses désirs hongrois qui s’apaisent et de nouveau ;

Je suis à toi dans ma colère faramineuse,

ma grande infidélité, ma peine amoureuse, mornement magyar.

Ainsi, s’écriait Endre Ady, frère des peuples danubiens. 

Endre Ady est connu en France sous le nom de André Ady, poète hongrois né en 1877 et décédé en 1919 à Budapest.

Issu de la petite noblesse calviniste, ce jeune journaliste de province s’était rendu, en 1904, à Paris pour y retrouver Adèle Brüll, une Hongroise mariée, qu’il devait célébrer sous le nom de Léda. Il y découvrit une civilisation supérieure, les institutions républicaines, l’héritage baudelairien. Ces expériences déchirantes – auxquelles s’ajouta la révélation des atteintes irrémédiables de la syphilis – lui firent prendre conscience de son génie et lui indiquèrent une voie majeure pour l’engagement. Poèmes nouveaux (1906), choquèrent les traditionalistes par la sensualité morbide de l’amour sado-masochiste ; ils déchaînèrent la fureur des nationalistes conservateurs par le parallèle désobligeant que l’auteur s’était acharné à dresser entre Paris « ville sacrée de beaux émerveillements », et Budapest « ville-malédiction », voire la Hongrie toute entière, « cimetière des âmes ». Pour sortir de son état arriéré, le pays devait se remettre en question, se renouveler socialement, intellectuellement. « Sang et or » (1907), prépara le chemin à la revue Nyugat dont Ady, proche des radicaux en politique, devint le chef de file incontesté. Il n’en demeura pas moins aussi le poète de la fin d’un monde, au temps surtout de la Grande Guerre dont cet homme gravement malade, usé par la névrose, par l’alcool, se voulut à la fois le témoin halluciné et la victime expiatoire.

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Une poésie Tchèque avec Yvan Blatny

Les lieux

Les lieux que nous avons quittés continuent à vivre.
Le cheval file, l’enfant crie, la mère ouvre la porte
« Ce n’est pas là, ce n’est pas là, alors je ne sais pas ce
que c’est devenu. » Ils cherchent.
Ils cherchent quelque chose, s’agitent à travers le logis.
Ils cherchent les lieux que nous avons quittés, les lieux
où nous étions autrefois.
Ils courent à la gare et pensent : la maison.
La maison est restée.
Où s’en vont-ils ?
À l’enterrement de la sœur. Pour toujours. Chez le fils.
La grand-mère reste. La grand-mère, ils ne
l’emmènent pas.
Ils laissent chez eux siffler Mélusine.
L’horloge, ils ne l’emmènent pas.
L’horloge sonne dans une pièce vide.

(traduction Erika Abrams, Éditions Orphée La Différence)

Yvan Blatny était né le 21 décembre 1919 à Brno en Moravie, ville natale de Leos Janacek. Il était le fils d’un écrivain célèbre, l’auteur expressionniste Lev Blatny (1894-1930). Il fut très tôt orphelin, élevé par sa grand-mère. Dès le lycée il écrit des poèmes. Parfaitement bilingue, tchèque et allemand, il maîtrisait remarquablement le français et l’anglais. C’est dans cette langue qu’il publia plus tard quelques poèmes. Il fut vite reconnu comme poète prodige dans le sillage de Jaroslav Seifert, mais aussi de la poésie contemporaine française, surtout Apollinaire qui le fascinait. Ses études universitaires furent interrompues par la fermeture des universités en 1939. Il a commencé pour vivre de travailler dans le magasin d’optique de ses grands parents.
L’invasion nazie le contraint à la clandestinité En 1942 il rejoint le « groupe 42 », comprenant poètes, peintres, et philosophes. Comme d’autres il crût à des lendemains qui chantent à la libération de son pays. Mais la prise du pouvoir par les communistes en 1948 (coup de Prague) lui fait rapidement comprendre qu’il ne sera qu’esclave en son pays. Profitant de l’attribution d’une bourse d’études pour l’Angleterre, il choisit l’exil définitif en mars 1948. Il voulait fuir ce qu’il appelle « la terreur froide ». Il obtint l’asile politique. Sa vie en Angleterre fut tragique, crucifié entre pauvreté extrême et maladie. Souffrant de syndromes constants de persécution (schizophrénie), il sombre dans la maladie mentale.

En 1977 il est transféré à l’hôpital St. Clement’s Hospital, Bixley Ward – Warren House, à Ipswich. La rencontre avec des amis lui permet de sauver ses manuscrits qui jusqu’alors étaient détruits par les aides-soignants.
En 1979 il peut publier au Canada Anciennes Demeures (Former homes). En 1982 la BBC réalise un documentaire sur lui. Et ses livres sont toujours interdits à Prague à cette époque.

Le mois de l’Europe de l’Est

A part la poésie, je n’ai pas lu .

Par contre je peux vous présenter quelques tableaux d’une artiste roumaine que j’avais reçue à la médiathèque il y a quelques années dans le cadre du Festival Balkans Transit . L’artiste est Lili Rusu , une artiste roumaine.

J’ai cherché sur internet mais n’ai pas trouvé de renseignement récent sur cette artiste.

Poésie russe

L’enfant prodige

Est-il vrai que, passant la rive,

Je revois, là, notre maison,

Où, comme un étranger, j’arrive

Lourd de honte et pris d’un frisson,

J’étais parti, plein d’espérances

Tel de sa proie un pêcheur sûr

Et, rêvant de mêler aux danses,

Les propos des sages d’Assur

Et je réalisai mon rêve.

J’ai tout connu, j’ai tout appris

Délices des voluptés brèves

Art, sciences, discours, écrits.

Et j’ai dispersé l’héritage.

Vidant la coupe des poisons,

Tel un larron devenu sage,

Je gagnai le champ des moissons.

Mon âme éprouva l’apaisante

Solitude des calmes nuits

.L’herbe que la rosée argente

Fut comme un baume à ses ennuis.

Or, voici qu’à jamais fermée

Notre maison s’offre à mes yeux,

Blanche, où s’élève une fumée,

Près de la rivière aux flots bleus

Où, durant une enfance gaie,

Je présidais à mon destin,

Fortune par moi prodiguée

Vie, à ton splendide festin.

Oh ! s’il m’était encor possible,

Face à face avec l’univers

,De le regarder, impassible,

Fondu dans ses courants divers !

N. Brioussov

Alberède et le roi de Claire Ruelle

Ce livre clôt une trilogie, mais peut se lire indépendamment.

Alberède est la fille d’un seigneur normand et d’une noble saxonne, elle a épousé Hugues de Montmirel, vassal de l’Évêque don de Bayeux. Elle accueille le roi, avec tout le faste qui lui est dû.Hugues est parti en 1096 à la première croisade, en compagnie de Robert Courteheuse, fils de Guillaume le Conquérant et duc de Normandie. Il ne reviendra pas..

De nombreuses batailles se livrent en ces temps moyenâgeux.

Alberède prend le pouvoir, elle combat aux côtés des hommes. Elle est très avant-gardiste, elle s’impose. Elle est aussi très féministe, elle ne supporte pas qu’une femme soit dévalorisée. Une femme doit recevoir le même salaire qu’un homme pour la même tâche.

Elle est souvent placée au premier plan, chevauchant sur les routes. Elle brave les batailles lors de la prise de Bayeux ou autre endroit prestigieux. Le roi aimerait qu’Alberède accepte de l’épouser. Elle ne le souhaite pas, elle ne veut pas être dans l’ombre du roi, ou soumise. Elle est une femme libre et souhaite le rester pour le moment. Elle lui indique une autre solution, le roi l’acceptera -t-il ou non ?

Claire Ruelle retrace la vie de l’époque, nous entraîne à voyager dans ce temps du Moyen-Age. Le fil historique est authentique. Il gravite autour d’Alberède des personnages imaginaires. Un glossaire est indiqué en fin de livre.

Je ne regrette pas ma lecture, j’ai juste été perturbée par les nombreux noms. Ce livre est dans la sélection du Prix Reine Mathilde 2021.

Alberède et le roi – Claire Ruelle – Éditions Corlet – ISBN : 9782847067415

Poésie de Marina Tsvetaïeva

À AKHMATOVA

O muse des pleurs, la plus belle des muses !
Complice égarée de la nuit blanche où tu nais !
Tu fais passer sur la Russie ta sombre tourmente
Et ta plainte aiguë nous perce comme un trait.

Nous nous écartons en gémissant et ce Ah!
Par mille bouches te prête serment, Anna
Akhmatova ! Ton nom qui n’est qu’un long soupir
Tombe en cet immense abîme que rien ne nomme.

A fouler la terre que tu foules, à marcher
sous le même ciel, nous portons une couronne !
Et celui que tu blesses à mort dans ta course
Se couche immortel sur son lit de mort.

Ma ville résonne, les coupoles scintillent,
Un aveugle errant passe en louant le Sauveur…
Et moi je t’offre ma ville où les cloches sonnent,
Akhmatova, et je te donne aussi mon coeur.

Moscou, 19 juin 1916

Poème de Marina Tsvétaïeva traduit par Sophie Técoutoff in La Nouvelle Revue française, n° 268, avril 1975 et cité in Véronique Lossky, Marina Tsvéatéva, Seghers 1990, collection Poètes d’Aujourd’hui, p. 123.- ( Source )

La biographie de Marina Tsvetaïeva,( née à Moscou le 26 septembre 1892) tout comme ses poèmes, est pleine de souffrances et de pertes. Pendant la guerre civile, elle a dû faire face à la faim et à la misère et a même dû abandonner sa fille Irina, âgée de trois ans, dans un refuge pour enfants, où cette dernière décède. Ensuite, elle a réussi à émigrer à Prague, mais avait une forte nostalgie de la Russie et est revenue au moment de la Grande purge de Staline. Son mari a été arrêté et tué, tandis que sa fille aînée a été envoyée au goulag pendant 15 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marina Tsvetaïeva a été évacuée : elle a également souffert du manque d’argent et de nourriture – finalement, elle s’est suicidée en 1941.

Le pèlerinage d’Overlord de Francis La Carbona

Le titre est évocateur de l’histoire qui va se dérouler en Normandie.

Le mois d’Avril est sur le point de tirer sa révérence , tout le village est poisseux d’une humidité ambiante qui s’insinue partout, donnant la sensation, que l’hiver ne cédera pas sa place.

L’anniversaire du D-Day approche , ce jour mémorable où deux êtres vont se rencontrer, ou plus exactement se retrouver, Barbara, infirmière et Matthias, le soldat. Ils se sont déjà vus mais ne se reconnaissent pas. Ils ont combattu chacun à leur façon. Ils se confient peu à peu, se dévoilent et évoquent ces années de guerre. Matthias, le blessé et Barbara qui l’a soigné , sans savoir qui il était .

C’était la destinée de tous ceux qui se sont rencontrés le temps d’une blessure.

Les émotions affluent, 40 années ont passé. L’amour s’était invité mais la guerre avait séparé ces deux êtres.

La guerre est là, elle est la toile de fond du récit. Les faits de guerre sont relatés à petite dose. La peur, la résistance sont présentes. L’écriture est riche, un vocabulaire adapté, une poésie omniprésente dans les mots. Les mots sont choisis, l’écriture est maîtrisée. Les recherches historiques sont fondées.

Je fus agréablement surprise, j’ai aimé ce livre. Je l’ai lu en peu de temps en numérique, puis suis revenue sur la version « papier ». Je me suis imprégnée des mots. J’ai arpenté les rues de Colleville- Montgomery, ressenti la joie et la peine aux côtés de Barbara et de Matthias.

Ce livre est sélectionné, il est en lice pour être le Prix Reine Mathilde 2021. Il sera lu par le comité de lecture.

Le pelerinage d’Overlord – Francis La Carbona – 5sens éditions – ISBN : 9782889492398

Quatrième de couverture :

1984, dans le petit village bas-normand de Colleville-Montgomery, une succession de circonstances réunit une femme et un homme qui ont eu vingt ans pendant le deuxième conflit mondial. Quarante ans ont passé depuis le D-Day, Barbara et Matthias vont s’immerger dans “leur” guerre à l’occasion de la première célébration internationale du Jour le plus long. Commence alors un vertigineux plongeon dans une tranche d’existence où se côtoyaient les abnégations, les trahisons, les amours ; les résistances et les renoncements aussi. Comme tous ceux qui en ont réchappé, ils ont pris des virages et des directions qu’ils n’avaient pas prévus. Empêtré à jamais dans son secret, le bien vieux Baptiste va être l’involontaire cheville ouvrière d’une extravagance du destin. Quelque chose comme l’appendice d’une histoire mise entre parenthèses pendant quatre décennies.

Betty de Tiffany MacDaniel

On était en 1961 et j’avais sept ans quand Maman a dit qu’elle voulait rentrer chez elle. Chez elle, c’était l’Ohio, c’est là qu’étaient ses racines.

Dans ce récit inspiré de la vie de sa mère, l’autrice nous raconte l’histoire de Betty, petite fille métis, née en 1954 aux États-Unis d’un père Cherokee et d’une mère blanche . L’histoire s’étale de 1909 à 1973. Elle raconte son enfance, son adolescence avec ses non-dits, rêves , ses peurs et ses bonheurs.

Les parents de Betty ont beaucoup déménagé, et reviennent dans leur région natale, l’ Ohio. Ils s’installent avec leurs six enfants,dans une maison qu’il va falloir retaper.

Betty est très proche de son père, il la surnomme  » la petite indienne « . Ce père s’occupe beaucoup de ses enfants, il leur transmet l’amour de la nature. Il leur conte souvent des histoires , il évoque les mythes cherokees Il a des qualités d’herboriste et son savoir est reconnu.

La mère est une femme instable et pas toujours bienveillante envers ses enfants. Betty grandit dans un univers plutôt hostile, victime de sexisme, de racisme car elle a la peau brune, et de moqueries car elle est pauvre.

Elle est très observatrice , elle voit et comprend beaucoup de choses. C’est dans l’écriture , dans-l’amour de son père, et les traditions qu’il lui a transmises qu’elle va puiser la force de survivre aux drames qui frappent sa famille, nourris de violence, de noirceur humaine et de non-dits. Elle cherchera dans l’écriture le sentiment d’accomplissement de soi .

L’auteur a une écriture poétique, mélancolique. les derniers chapitres sont émouvants.Le style est puissant et laissant chaque émotion s’installer durablement en nous.