Je me souviens d’un paysage de Cécile Sauvage

Je me souviens d’un paysage
Où la neige molle tombait,
Pareille à l’indolent plumage
D’un grand oiseau qui se dévêt.

Assise près de la croisée,
Je regardais le sol blanchir
Et les ramures dénudées
Sous les flocons s’épanouir.

On eût dit une moisson triste
D’herbe pâle qui s’étendait,
Où le cœur perdu somnolait
Sans savoir même qu’il existe ;

Et lointains, les oiseaux nageaient
Dans l’eau dormante de la brume
Comme des oiseaux plus légers
Qui ne seraient faits que de plumes.

Cécile Sauvage (1883-1927 )

Cécile Sauvage est la mère du musicien Olivier Messiaen chante la mère Nature, distributrice de fleurs et d’étoiles. « La poésie de Cécile Sauvage est une poésie de plein air et de plein vent », écrit Jean de Gourmont en 1910.