L’ Azur de Stéphane Mallarmé

 L ‘ Azur

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

– Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !

 

Le Mystérieux évadé de Daniel Devaux

Au Siècle des Lumières, en 1756.
Imaginez un homme, jeune, intelligent et bien de sa personne, un peu retors et emprisonné — injustement évidemment — dans la célèbre Prison des Plombs à Venise.
Il se réveille un matin en France, de nos jours, complètement nu et au milieu d’une vaste pelouse.
Tout lui est étranger.
Comme cet objet étonnant, plat et orné au dos d’une gravure représentant une pomme croquée. Il s’illumine parfois en émettant un son et — le croirez-vous ? — son possesseur le porte alors à l’oreille et parle !
Naturellement, son comportement atypique et ses réactions curieuses étonnent tout le monde.
Trop. Car on le traque.
Mais par bonheur, il peut compter sur l’aide de Sébastien et de ses deux amies.
Lui — mais est-ce bien lui ? — il n’a qu’une seule envie, une obsession : retourner avec leur aide à Venise…et en 1756.
Est-ce raisonnable, ou même sensé ?
Réussira-t-il enfin à revenir chez lui ? Et surtout à son époque ?

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Cette lecture est une lecture imposée. Ce livre est en lice pour le Prix de la Reine Mathilde de Cheux.

Que diriez-vous de vous réveiller un matin sur une pelouse, alors que la veille vous vous trouviez dans une cellule de prison à Venise, en 1756 ? C’est ce qui est arrivé à cet homme qui se nomme Giacoma Girolamo Casanova .

Ce thriller fantastique va nous plonger dans la Venise du XVIII siècle et la Normandie du XXI siècle.

Giacoma a tenté une expérience insolite, être propulsé dans la Venise du XVIII siècle. Il oscille entre deux mondes, et là le retour est plutôt inattendu, Giacoma au XXI siècle est inconnu de ses concitoyens , comment est-ce possible, alors qu’il était célèbre dans sa Venise ?

Dans la Normandie du XXI siècle, cet homme présente deux identités, il peut être soit Giacomo, soit le célèbre Jacques Cazeneuve qui a tenté et réussi son voyage dans le temps.

«  Tu te rends compte Jacques Cazeneuve en italien peut se traduire par Giacomo Casanova « 

Les us et coutumes sont différentes.

P 161 « Dans la société qu’il connaissait les femmes dévoilaient volontiers la naissance, et même parfois plus, de leur poitrine. Mais elles dissimulaient leurs jambes et la vue d’une cheville dévoilée fugitivement provoquait, chez les hommes, les plus vifs émois.

Ici, c’était l’inverse. Anne exhibait généreusement ses jambes, semblant trouver cela normal, alors que ses épaules et sa poitrine étaient recouvertes d’un mantelet léger. Pourtant, malgré sa mine hardie, elle ne se conduisait pas comme une courtisane. »

Qui sera -t -il demain au réveil ? l’homme du XVIII siècle ou celui du XXI siècle ? Chaque soir, il écrit des notes afin de les trouver le lendemain matin suivant son identité en ayant une trace de la veille.

Une histoire loufoque mais agréable à lire, un voyage dans le temps qui nous fait réfléchir sur les us et coutumes de ces époques si différentes.

Daniel Devaux – Le mystérieux évadé – ISBN : 2378737904 – Éditeur : Ex Aequo (30/10/2019)

Ballade de printemps de Antoine Livic

Dites-moi, gentille hirondelle
Que j’attends depuis si longtemps,
Tu viens de loin à tire-d’aile
Sur un nuage, portée par le vent.
Sous ma fenêtre, cette nacelle
C’est ton abri, ta citadelle,
Ton château fort d’un autre temps.
Je t’aperçois, petite oiselle,
Et demain sera le printemps.

Dites-moi, blanche tourterelle,
Etes-vous la colombe d’antan
Qui chantait la paix perpétuelle
En refrain gai et roucoulant ?
C’est le ramage d’une pastourelle
Ou bien l’écho, la ritournelle
Dans la bouche du petit enfant.
Sa voix chante comme une crécelle
Que demain sera le printemps.

Dites-moi, gente demoiselle,
Mon âme en peine depuis trois ans
N’a céans revu votre ombrelle
Ni entendu vos rires charmants,
Vous n’êtes plus cette jouvencelle
Qui jouait jadis à la marelle.
Oh, donnez-moi quelques instants
De vrai bonheur sous cette tonnelle
Quand demain sera le printemps !

Poète, si la Muse t’ensorcelle,
Après l’hiver, son mauvais temps,
Prends le pinceau et l’aquarelle
Et vient donc peindre le printemps !

Antoine Livic, Chants d’écume suivi de Fleurs fanées, 2017

 

Né en 1951 à Villers-Canivet dans le Calvados, Antoine Livic, ancien élève du Lycée Louis Liard de Falaise, après une carrière dans la Marine nationale, est entré dans l’Administration tout en reprenant ses études. Passionné de littérature et de poésie classique, la retraite lui permet de se consacrer davantage à l’écriture en remettant en forme ses cahiers de poésie regroupés dans un premier recueil publié en septembre 2017.

Ressources Numériques accessibles pour tous

#Culturecheznous

Chacun est invité à rester chez soi pour éviter la propagation du virus Covid-19 jusqu’au 31 mars minimum. C’est l’occasion de découvrir l’exceptionnelle offre culturelle numérique proposée par le ministère de la Culture et ses nombreux opérateurs.

La vie voyage de Andrée Chedid

La vie voyage

Aucune marche
Aucune navigation
N’égalent celles de la vie
S’actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l’îlot du cœur
Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration

Aucune géologie

Ne se comparent aux circuits du sang

Aux alluvions du corps

Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l’instant
Où t’octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour

Aucun pays

Aucun périple

Ne rivalisent avec ce bref parcours

Voyage très singulier
De la vie
Devenue
Toi.

Andrée Chedid

Andrée Chedid, née le 20 mars 1920 au Caire et morte le 6 février 2011 à Paris, est une femme de lettres et poète française d’origine libanaise.

Les battements d’elles de Annie Pétrel – Mathieu

Milly vit à Paris. Elle est une petite main de l’atelier Flou de l’Opéra Garnier. Comme dans une maison de haute couture, elle confectionne les tutus pour le prochain ballet. Avec ses aiguilles, elle fait des entrechats du bout de ses doigts, surtout depuis sa rencontre avec Noé…
Marah vit à Honfleur et travaille au musée Eugène Boudin. A quelques mois de son mariage, un tableau découvert dans la galerie de peinture de son grand-père va venir tout bouleverser… Deux histoires que rien ne semble relier et pourtant…

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Que dire de ce livre, c’est ma première rencontre avec cet auteur. Je fus ensorcelée par la poésie de ses mots. Ils sont douceurs, ils s’harmonisent avec les couleurs, les couleurs des fleurs du jardin, les couleurs des toiles peintes.

J’ai aimé suivre le cheminement de vie de Marah, retrouver avec elle, les souvenirs de son grand-père aujourd’hui disparu. J’ai parcouru les rues de Honfleur à ses côtés.

«  En rentrant chez moi, je fais un détour sur le port de Honfleur. Sur le Vieux bassin, étrange miroir inversé, les maisons étroites et le ciel regardent leurs reflets. Ses eaux accueillent les façades bigarrées, elles ont pris les couleurs animées, éclatantes des bateaux. Il y flotte du rouge, du gris, du beige au milieu du bleu. Couleurs changeantes au fil des heures, ce paysage d’eau se redessine, se décline à l’infini. »

©Claude

De nombreuses références littéraires parsèment le livre, j’ai trouvé cela agréable d’associer l’histoire racontée dans le temps. Des personnages, tel Van Gogh, Emma Livry se glissent entre les lignes.

Vraiment ce fut un bon moment de lecture.

Les battements d’elles – Annie Petrel – Mathieu – éditeur A&H  – ISBN 9791085857624

Le temps de vivre de Boris Vian

C’est un vers de Corneille. Un vieil alexandrin célèbre, à la toute fin du Cid, qui dit le cœur, l’espoir et le triomphe du temps quelque part à Séville :
Espère en ton courage, espère en ma promesse…

 

 

Ce n’est pas un hasard si l’anniversaire des 100 ans de Boris Vian, le 10 mars 2020, tombe en ouverture de cette édition  du Printemps des Poètes 2020 dédiée au Courage.

Le temps de vivre

Il a dévalé la colline

Ses pas faisaient rouler les pierres

Là-haut entre les quatre murs

La sirène chantait sans joie

 

Il respirait l’odeur des arbres

Avec son corps comme une forge

La lumière l’accompagnait

Et lui faisait danser son ombre

 

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il sautait à travers les herbes

Il a cueilli deux feuilles jaunes

Gorgées de sève et de soleil

 

Les canons d’acier bleu crachaient

De courtes flammes de feu sec

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il est arrivé près de l’eau

 

Il y a plongé son visage

Il riait de joie il a bu

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Il s’est relevé pour sauter

 

Pourvu qu’ils me laissent le temps

Une abeille de cuivre chaud

L’a foudroyé sur l’autre rive

Le sang et l’eau se sont mêlés

Il avait eu le temps de voir

Le temps de boire à ce ruisseau

Le temps de porter à sa bouche

Deux feuilles gorgées de soleil

 

Le temps d’atteindre l’autre rive

Le temps de rire aux assassins

Le temps de courir vers la femme

 

Il avait eu le temps de vivre.

Boris Vian – 1954

Mambo, la lama mégalo de Romain Gadiou

Je m’ennuyais à brouter là où on me disait de brouter, alors je suis descendue dans la vallée pour mener à bien mon grand projet secret. Bouchez-vous les oreilles, merci. Je vais conquérir le monde, chasser le chef des humains et mettre sur pattes… LamaLand, mon royaume paradisiaque ! Les lamas ne seront plus obligés d’écouter leurs parents, ni de se brosser la laine, ni de prendre des bains avant de se coucher. Plus tout un tas d’avantages tels que : carottes glacées à tous les repas, massages des pattes quotidiens et grattouilles dans le dos à volonté !

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Je remercie Net Galley et les Éditions Rageot pour ce partenariat.

Par ces temps de morosité, rien ne vaut une lecture rafraîchissante qui narre l’histoire d’une héroïne Mambo, la lama mégalo.

Mambo s’ennuyait parmi les siens, elle décide de partir à la conquête du monde. Elle descend dans la vallée, où elle veut chasser les humains, et devenir chef et créer LamaLand, son royaume paradisiaque !

Mambo est exceptionnelle, elle se croit la reine du monde.  Très tôt, elle a pris conscience de sa perfection, » Avoir du caractère, c’est la marque des génies « .

Elle rencontre certains animaux, le premier fut Clovis, un charmant écureuil. Mambo a décidé que dans LamaLand , Clovis ne serait pas admis. Elle hait les écureuils. Elle continue  son chemin  et affronte un chien, un pigeon, un rat, un hamster et  Bidule, un petit homme. Mambo est imbue de sa personne, mais va vite s’apercevoir que malgré tout, elle peut aussi avoir besoin des autres.

J’ai aimé suivre les aventures de Mambo, j’ai ri en lisant ce roman jeunesse , qui plaira à tous, quelques illustrations parsèment le livre. J’attends avec impatience la suite des aventures de Mambo.

Pour les jeunes, à partir de 9 ans.

Mambo – Romain Gadiou – Éditions Rageot – ISBN : 2700263650 – 19/02/2020

Avec ce livre, je participe au challenge, les animaux du monde chez Sharon.

Angkar de Christian Blanchard

Champey est une jeune mère courage qui tente de se reconstruire après la trahison ignoble de son ex-mari. À leur fille de 6 ans, elle invente un bon père, mort dans un accident de voiture, alors que Mau était bébé. Mentir plutôt que la laisser découvrir la vérité sur son géniteur.
Mais une nuit, Champey fait un cauchemar qui la transporte au Cambodge dans la peau d’une autre femme. Elle vit les bombardements, le sang, l’horreur. Les revit les nuits suivantes….

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Je remercie Net Galley et les Éditions Belfond pour ce partenariat.

Champey est une jeune femme  d’origine cambodgienne, qui élève seule sa fille. Mère d’une petite Mau âgée de 6 ans, Champey lui ment sur ses origines. Elle dissimule avec beaucoup de détermination l’identité de son vrai père et lui en idéalise un autre décédé dans un accident. Elle lui crée un faux album de famille.  Peut-on vivre dans le mensonge ?

D’horribles cauchemars viennent  perturber ses nuits. Elle se retrouve au Cambodge sous les traits d’une autre femme, avant même qu’elle ne soit née au milieu des bombardements . Un pays dont elle est originaire mais ne connait pas du tout, ayant été adoptée en France peu après sa naissance. Que lui arrive -t-il donc ?

Dès le début j’ai été happée par l’histoire, Christian Blanchard propose une intrigue complexe et pleine de rebondissements. Il s’interroge sur les mystères des origines, deux  survivantes au passé complexe. Il entre dans l’ Histoire de ce pays, dans la terreur qu’ont semé les Kmers rouges. Il a tout fait pour restituer les événements vécus par ce pays, violences, tortures.

Elle décide de partir dans le pays qui l’a vu naître avec l’accord de son psychiatre. Elle visitera la prison de Tuol Sleng, appelée camp S21, où Pol Pot a fait déporter, torturer et exécuter 17000 personnes. Lorsque Champey arrive au camp S-21 au Cambodge pour remonter le fil de son histoire, je fus comme suspendue à ses émotions.

La première partie  aborde la mémoire transgénérationnelle et l’épigénétique.

Un événement inattendu l’oblige à rentrer en France. Cette première partie fut haletante, j’aurai aimé que cela continue.

Dans ce deuxième opus, les scènes d’actions se multiplient.  L’accent est mis sur le père de Mau, qui sévit en prison. La fin arrive un peu vite et est un peu rocambolesque. Les réponses n’arriveront qu’à la fin du livre.

Plusieurs thèmes abordés dans ce roman noir, l’histoire des Kmers rouges, ils furent aussi cruels que les nazis. Puis il y a le thème du Darknet, où le mal existe aussi, et est parfois difficile à déceler, et  la pédophilie.

L’écriture est fluide, très agréable à lire.Un roman noir puissant à lire. Âme sensible s’abstenir . Angkar – Christian Blanchard Éditeur : Belfond, 288 pages, date sortie : 13 février 2020 ISBN : 2714493262 

Mois du polar 2020 chez Sharon

Sharon, du blog « Des livres et Sharon  » organise tout au long de l’année un challenge polar/ thriller. Elle l’ accentue au mois de février, un mois spécial polar.

Voici mes lectures du mois de février  :