Les regrets de Jacques Rabemananjara

                                           carte empruntée au site indiqué, et titrée : « Madagascar menacée par la déforestation »

Madagascar (capitale Antananarivo, en malgache Ankadibevava, devenue Tananarive). République ayant gagné en 1960 sa liberté de gouvernement contre la France (elle a été colonie française, puis de 1946 à 1958, Territoire d’outre-mer), Madagascar a vécu de nombreux changements politiques. L’île est depuis 1960 un état indépendant, aujourd’hui République démocratique de Madagascar.

Les regrets

J’ai voulu retrouver quelque chose de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum ;
Et je suis revenu tout seul au fond des bois.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts.

Le rêve disparu s’agite et me fait signe.
La barrière est franchie où naquit le Passé.
Ô Rampela, regarde au-delà de la ligne :

La lumière s’éteint. L’azur s’est effacé.
Et vois sur le versant nos destins qui s’alignent
Comme de faux ibis dont l’essor s’est lassé.

Je cherche vainement tes pas sur le gazon.
Je murmure ton nom à l’herbe où nous passâmes.
Mais la rose a trahi les vœux de la saison.

Les vents ont dispersé les secrets de nos âmes.
Les lotus dans le puits tombent sans floraison.
Les sables blancs ont bu ton sang avec mes flammes.

Le monde a violé le pacte et le serment.
Les fanes ont surpris les feuilles des ramures.
J’ai beau troubler la sente et couper le sarment,

Tout parle de silence au fond de la clôture.
À l’ombre des remparts tout parle de tourment
Et je meurs sans avoir terminé l’aventure.

Ô Rampela, contemple au-delà de la ligne :
Ton visage me manque et le monde se voile.
La boue a traversé jusqu’au front des étoiles.

Ma Bien-aimée, entends la voix d’outre-rempart :
Mon cœur fond en sanglots et, depuis ton départ,
La vie est devenue un ennui rectiligne.

Et je reviens tout seul, tout seul au fond des bois,
Afin de recueillir un souvenir de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts…

Jacques Rabemananjara (« Sur les marches du soir » éditions Ophrys, Gap – 1940 )

Jacques Rabemananjara, (1913-2005), écrivain, dramaturge, essayiste et poète de langue française, et aussi homme politique de premier plan, est né en à Maroantsetra (Madagascar). Il est l’un des fondateurs et élu député du MDRM (le Mouvement démocratique de la rénovation malgache) en 1946. Il est envoyé, après la révolte de l’année suivante (29 mars 1947 *) à dix ans de travaux forcés, et libéré par l’amnistie de 1956. C’est en 1960 qu »il est élu député, ministre, puis vice-président de la République de Madagascar, avant de s’exiler en France après la révolution de 1972. Il y séjourne jusqu’à sa mort, en 2005, à Paris.

2 réflexions sur “Les regrets de Jacques Rabemananjara

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