Le bel été de Yves Bonnefoy

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Le feu hantait nos jours et les accomplissait,

Son fer blessait le temps à chaque aube plus grise,

Le vent heurtait la mort sur le toit de nos chambres,

Le froid ne cessait pas d’environner nos cœurs.

 

Ce fut un bel été, fade, brisant et sombre,

Tu aimas la douceur de la pluie en été

Et tu aimas la mort qui dominait l’été

Du pavillon tremblant de ses ailes de cendre.

 

Cette année-là, tu vins à presque distinguer

Un signe toujours noir devant tes yeux porté

Par les pierres, les vents, les eaux et les feuillages.

 

Ainsi le soc déjà mordait la terre meuble

Et ton orgueil aima cette lumière neuve,

L’ivresse d’avoir peur sur la terre d’été.

 

Souvent dans le silence d’un ravin

J’entends (ou je désire entendre, je ne sais)

Un corps tomber parmi des branches.

Longue et lente Est cette chute aveugle; que nul cri

Ne vient jamais interrompre ou finir.

 

Je pense alors aux processions de la lumière

Dans le pays sans naître ni mourir.

 

Yves Bonnefoy, Hier régnant désert,

Yves Bonnefoy, l’un des grands noms de la poésie contemporaine, également critique d’art et traducteur, est mort à l’âge de 93 ans, le 1 Juillet 2016.